Nous arrivons enfin (après quatre jours de piste quand même)
à l’oasis de Faya Largeau , au sud du Tibesti. Je n’ai pas fait de
photo des abords de l’oasis, jonchés de carcasses de chars datant
de la guerre tchado-libyenne. Dans la ville, une caserne de militaires français
(bien gardée) : nous sommes toujours là-bas depuis les années
80. Nous visitons les souks, parfaitement authentiques, alimentés
par le commerce avec la Libye. Le lendemain, nous quittons la ville en plein
vent de sable . Les appareils de photos souffrent beaucoup. Mes photos seront
rayées pendant quelques jours, après quoi l’appareil sera complètement
HS. Je finirai le voyage avec un appareil jetable. Pour partir au Sahara,
c’est connu qu’il faut prendre l’appareil le plus rustique qui soit, encore
faut-il le trouver et ensuite être capable de l’utiliser…
Nous pénétrons dans une région qui s’appelle le Borkou
et qui constitue les contreforts du Tibesti. Cette région est habitée
par les Toubous, un peuple farouche s’il en est, qui a peu été
influencé par la colonisation. Je n’ai malheureusement pas fait le
voyage dans la voiture du guide, j’aurais pu sans cela connaître davantage
de choses sur le peuple Toubou. Dans cette région aussi, nous avons
quitté la principale piste, celle qui sert pour les échanges
entre le Tchad et la Libye. Nous roulons maintenant à 20 à
l’heure sur de très mauvais chemins pierreux.
Le deuxième jour après avoir quitté Faya Largeau, nous
passons dans le village d’Isky où l’on peut apercevoir les premiers
reliefs tassiliens :
J’ai essayé de rattraper avec Photoshop les rayures de cette
photo, mais ce n’est pas évident… (j’ai laissé à
titre de comparaison les rayures sur l’une des photos
d’arrière-plan).
Voici notre prochain bivouac au lieu-dit Nada : nous avons placé nos
duvets sur les petites corniches rocheuses. Les bivouacs à la belle
étoile constituent vraiment l’agrément de tout voyage au Sahara.
Le lendemain matin, une petite marche avant de reprendre la voiture. La photo
représente notre guide local Senoussi, qui ne se sépare jamais
de sa kalachnikov. Au Tchad depuis la guerre, la possession d’une arme est
un signe de distinction sociale.
Cette scène représente l’un de nos accompagnateurs préparant
le thé au feu de bois :
Nous nous approchons maintenant de la zone où nous allons randonner.
Cette zone est dominée par le volcan éteint Émi Koussi
(3415 m) le plus haut sommet du Sahara, dont nous allons faire l’ascension.
La photo ci-dessous représente la zone tassilienne où nous
nous trouvons, avec en toile de fond l’Émi Koussi. Comme on peut le
voir c’est une montagne dont les dimensions sont comparables à
l’Etna.
Pour prendre cette magnifique photo, nous avons dû faire arrêter
le véhicule. Pour être honnête ce n’est pas moi qui suis
à l’origine de la prise de vue, c’est un membre de notre groupe qui
a su avoir l’œil au bon moment. Nous avons ensuite tous pris le même
cliché.
Je m’aperçois à cette occasion que je n’ai pas encore parlé
du groupe. Nous n’étions pas très nombreux (il faut dire qu’on
ne s’embarque pas à la légère dans un tel pays), le
groupe avait dû être complété par deux Italiens
qui s’étaient inscrits par une agence italienne (il fallait donc leur
parler en anglais, ce que j’ai accepté difficilement). Dans le groupe
il y avait aussi deux Luxembourgeois qui pourtant ne se connaissaient pas.
Ils parlaient en luxembourgeois entre eux (donc pas terrible pour la communication).
Enfin, deux personnes âgées (françaises) dont l’une s’est
trouvée assez mal en point à la fin du trek (on a parlé
à un moment de l’évacuer, opération qui dans un tel
endroit n’eût pas été une mince affaire). En définitive,
un groupe assez hétérogène qui ne m’a pas laissé
des souvenirs impérissables.
Nous arrivons dans la région de la dune d’Ourty où nous allons
démarrer (enfin !) notre randonnée à pied. Ça
fait quand même dix jours que nous sommes partis et nous ne nous sommes
pas trop fatigués jusqu’ici. La dune d’Ourty est situé au cœur
d’un magnifique paysage tassilien, digne du Sud algérien (où
je ne mettrai les pieds qu’à la fin de 2004). Camper dans un tel endroit
est un véritable délice.
Dommage que l’état des photos soit ce qu’il est…
Nous avons marché pendant deux jours dans ces paysages de rêve,
voici l’emplacement du camps suivant, près de la brèche de
Laoua :
Et voici enfin le bivouac de Tigui Piton. C’est là que nous
allons quitter pour une semaine nos véhicules (que nous retrouvions
jusqu’ici chaque soir) pour commencer la randonnée chamelière.
Chamelière qui ne veut pas dire à dos de chameau : seuls
nos bagages sont sur les chameaux. En effet la topographie particulière
des lieux nécessite d’avoir recours à une race de
chameaux « de montagne », qui passent (presque) partout
mais qui portent moins lourd que les chameaux de plaine.
Pour cette randonnée chamelière nous serons accompagnés
de chameliers qui ont été recrutés parmi les tribus
touboues du coin. Le rendez-vous a été fixé plusieurs
semaines à l’avance et de très nombreux chameliers et chameaux
sont venus. Nos guides commencent pas sélectionner les chameaux valides,
puis, afin de ne pas faire de jaloux, organisent un tirage au sort pour sélectionner
les heureux élus.
Au départ de la randonnée le lendemain, nous visitons la grotte
de Tigui Cocoïna qui contient des peintures rupestres.
On trouve des peintures rupestres sur tous les voyages au Sahara. Il y a
des gens qui s’extasient devant, j’avoue que personnellement ça ne
m’a jamais fait sauter au plafond.
La guelta Mouzri, ou nous nous arrêtons le soir (et nous lavons un
peu, si si ça arrive !) est une enfractuosité naturelle qui
conserve les eaux de pluie pendant plusieurs années (du fait du relief
la région est un peu plus arrosée que le reste du Sahara).
Les deux jours suivants sont employés gravir les pentes de l’Émi
Koussi. C’est assez monotone, ce n’est pas la partie la plus intéressante
du voyage. Le départ à Tigui Piton est à environ 500 m d’altitude, le bord du cratère à 3000 m. Mais la pente est
extrêmement douce, c’est pourquoi il faut presque trois jours pour
la remonter. Voici le paysage typique que l’on peut observer pendant ce long
trajet. Pour ceux que la géologie intéresse, l’Émi Koussi
est un volcan éteint depuis un million d’années environ, les
premières éruptions datant de l’ère tertiaire. À
la fin, la chambre magmatique s’est écroulée pour former la
caldeira sommitale. Les roches volcaniques que nous rencontrons sont d’abord
des coulées de tracites, puis des ignimbrites, rocher formé
par la chute de nuages de cendres.
Au bout de ces trois jours, lorsque nous débouchons sur le rebord
de la caldeira, nous sommes enfin récompensés de nos efforts :
Un véritable paysage lunaire !
Au centre de la caldeira se trouve un petit cratère appelé
Erra Kohor ou aussi trou au natron. Notre guide nous précise bien
qu’il ne s’agit pas du trou au Natron que mentionnent les guides touristiques
du Tibesti, lequel se situe plus au nord dans le massif (c’est pourquoi ce
trou-là doit s’écrire sans majuscule !). Pour info le natron
c’est du carbonate de sodium ; c’est la tache blanche au centre. Nous sommes
descendus dans le cratère jusqu’au centre de la couche de natron.
Nous avons dormi à la belle étoile au bord du trou (nous n’avions
pas emporté les tentes pendant la randonnée). Il faut savoir qu’à trois
mille mètres d’altitude en février, même sous les Tropiques,
il ne fait pas chaud. Le matin le contenu des gourdes n’est plus que glace.
Nos chameliers, eux, n’ont pas de duvet, ils ont dû ramener une très
grande quantité de bois pour faire du feu toute la nuit.
Une autre vue du trou au natron dont nous avons fait le tour le lendemain :
Et ce avant de faire l’ascension du sommet de l’Émi Koussi proprement
dit, c’est à dire du plus haut point des bords de la caldeira.
Nous sommes là au point culminant du Sahara, à 3415 m l’altitude.
Même si ce sommet ne présente aucune difficulté technique,
assez peu d’Européens en ont fait l’ascension jusqu’ici (une centaine
tout au plus).
La redescente des pentes du volcan est tout aussi monotone que leur montée.
Et ce jusqu’à ce que nous atteignons la petite oasis de Yi Yerra coincée
dans des gorges . Elle est alimentée par une source chaude, le seul
résidu d’activité volcanique dans cette zone :
Peu après nous rejoingnons nos véhicules : c’est la fin de
la randonnée mais non du voyage.
Nous nous dirigeons en effet vers l’est, jusqu’à l’oasis de Gouro,
l’une des plus belles du Sahara, entourées de cordons dunaires dévalant
les rochers (ce que malheureusement mes photos ne rendent pas très
bien). Gouro fut aussi le théâtre de combats de la guerre tchado-libyenne,
et il en reste de nombreux champs de mines. Donc, interdiction de descendre
des véhicules. Pour éviter les mines nous faisons de nombreux
détours avant d’entrer dans l’oasis, selon un itinéraire connu
de notre guide Senoussi seul.
Nous déjeunons le lendemain à côté d’une carcasse
de char libyen dont les obus n’ont pas explosé (il est plus que déconseillé
d’y toucher !).
Le voyage se termine en apothéose avec les oasis et les lacs d’Ounianga
Kébir, situés aux confins de l’Ennedi. Les lacs sont en fait
des lacs d’eau salée (au natron) mais les palmiers puisent leur eau
dans une couche d’eau douce située en-dessous. Le site me fait un
peu penser à
Assouan.
Il y a plusieurs lacs, dont l’un aux eaux teintées
de rouge mais ce n’est pas le plus intéressant.
Il nous reste encore presque une semaine de route pour retourner à
Fort-Lamy (euh pardon, N’Djaména). Avec un passage par le camp de
Ouadi-Doum dans lequel l’armée française (euh pardon, l’armée
tchadienne) a écrasé la Libye. Là encore la zone est
très minée, mais il est absolument interdit de prendre des
photos. Nous rejoignons la piste principale au sud de Faya Largeau, où
nous ne retournons pas .
En définitive, un des voyages les plus exceptionnels que j’aie jamais
fait, mais aussi une véritable aventure dans laquelle, avec l’âge,
j’hésiterais à m’engager de nouveau.
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