Nous nous sommes ensuite retrouvés au-dessus de l’Inlandsis,
vaste
calotte glaciaire qui recouvre tout le centre du Groenland (la
deuxième
réserve d’eau douce du monde, avec plusieurs kilomètres
d’épaisseur
par endroit). Ce n’est évidemment pas très spectaculaire
vu
de haut, mais ça le sera davantage quand nous irons marcher sur ses
bords .
Notre destination finale est Ilulissat, une ville situé à
150 km environ de Kangerlussuat. L’un des principaux attraits de
la
région est l’Isfjord, au fond duquel le glacier vêle la
plus
grande quantité d’icebergs de l’hémisphère
nord : nous
y reviendrons à la fin du voyage. Nous
avons survolé cet isfjord
à l’aller, et notamment le glacier émetteur (lequel n’est
pas
accessible par des moyens terrestres ou maritimes). Je n’ai
malheureusement
pas pu en prendre de photos.
Le voyage que j’avais choisi n’était pas un circuit en kayak
(très
peu pour moi !), mais un cabotage sur un petit bateau
entrecoupé
de randonnées sur des îles ou bien en direction de
l’Inlandsis.
Le bateau, le Clane ,
ressemblait à un bateau de pêche
mais avait en fait été conçu pour des
expéditions
polaires, d’où sa capacité à frayer entre les
icebergs.
Il est maintenant exclusivement reconverti au transport de touristes.
Cette photo a été prise du bateau alors que nous quittons
Ilulissat,
le soir même de notre descente d’avion (mais les nuits sont
encore
quasiment absentes à cette période). On aperçoit
déjà
quelques icebergs, même s’ils ne sont rien en comparaison de ceux
que
nous verrons par la suite. La météo également sera
le plus souvent
bien meilleure.
Nous avons (sous tente) dormi au fond du petit fjord de Kangersuneq, et
c’est
de là que nous avons effectué le lendemain notre
première
balade dans la toundra. Le guide nous a montré la (relative)
diversité
de la flore locale, mais j’avouerai que cette balade ne m’a pas
particulièrement
enchanté, d’autant plus que le temps était assez
maussade.
Le jour suivant, à nouveau de
la
navigation parmi les icebergs. Cette photo montre notre embarquement
à
Kangersuneq, qui comme on le voit était loin d’être
aisé.
La barque devait être halée au moyen d’une corde
entre
la rive et le Clane .
Nous avons navigué jusqu’à Ata, sur l’île d’Arve
Prinsens.
Nous y dormions dans une espèce de gîte, tenu par un
Français
moustachu qui m’exaspérait au plus haut point… Nous avons
effectué
une balade sur l’île, le long des côtes, balade qui nous a
permis
pour la première fois d’apercevoir l’Inlandsis sur la côte
d’en
face, alors que la météo était en voie
d’amélioration.
Le lendemain, traversée jusqu’à l’île principale
(puisqu’on
ne peut parler de « continent »), afin de nous
rapprocher de
la langue glaciaire que nous pouvions apercevoir sur la photo
précédente.
Le lieu porte plusieurs noms : baie de De Quervain, Port-Victor,
ou encore Eqe,
le nom groenlandais (prononcer Ekre ). Port-Victor, car c’est de
là qu’est partie l’expédition de Paul-Émile
Victor
vers le centre de l’Inlandsis, expédition que la France a
organisée
à grand frais alors que nous nous relevions à peine de la
deuxième
guerre mondiale.
La langue glaciaire qui se trouve dans la baie, celle que l’on
apercevait
déjà sur la photo précédente, se nomme
glacier
Eqip Sermia. C’est elle qui vêle tous les petits icebergs à
travers
lesquels le Clane devait se frayer un passage. Nous aurons l’occasion,
à
plusieurs reprises, d’approcher cette langue glaciaire.
Nous avons pu apercevoir ce jeune phoque qui bronzait sur un bloc de
glace.
Notre bateau en a fait plusieurs fois le tour sans qu’il s’enfuie. C’est
le seul phoque vivant que j’aie vu au cours de ce voyage.
Nous avons campé à proximité du camp de base de
l’expédition
de Paul-Émile Victor . Le camp de base, c’est cette cabane que
l’on
peut voir sur la gauche, à environ cinquante mètres
au-dessus
du niveau de la mer, ce qui a impliqué une assez
épuisante
séance de transport de bagages… La cabane en question est en
assez
mauvais état, nous n’y avons donc pas dormi mais nous y prenions
nos
repas. Elle abrite encore une inscription soigneusement
calligraphiée,
dit-on de la main de PEV en personne : « que
sommes-nous venus faire
ici, on serait mieux chez soi ». Malgré ce qu’en
pense ce grand
savant, le cadre est quand même assez sympa, du moins par beau
temps…
Nous avons séjourné dans cet endroit pendant deux jours,
bénéficiant d’un temps dégagé mais venteux,
ce qui a eu pour effet de chasser, en l’espace de quelques heures,
l’ensemble des icebergs de la baie, transformant du même coup le
paysage. Nous avons effectué deux grandes balades dans les
environs. Nous sommes notamment montés, le premier jour,
jusqu’à
l’Inlandsis, à environ 700 m d’altitude, non loin du point
abordé
par les expéditions polaires françaises. Voici une photo
prise
pendant la montée, où l’on reconnaît en
arrière-plan,
le glacier Eqip Sermia et la baie de De Quervain pratiquement débarrassée
de ses icebergs :
Peu avant d’arriver sur la calotte, le paysage
change : il n’y a plus du tout de végétation,
seulement quelques lacs
turquoise au milieu des cailloux. Il fait aussi nettement plus froid.
Nous
avons marché sur la glace sur quelques centaines de
mètres,
à la recherche de bédières (torrents glaciaires)
et
de moulins glaciaires, mais sans guère de succès. La
photo
qui suit a été prise depuis la glace, et elle permet de
voir,
en arrière-plan, la baie de De Quervain, puis l’île d’Arve
Prinsens
ainsi qu’au fond les montagnes enneigées de l’île de Disko
et
de la presqu’île de Nussuaq.
Nous sommes redescendus à Port-Victor en empruntant
l’itinéraire
des expéditions polaires françaises. Ces
expéditions
utilisaient des véhicules à chenilles de l’armée
américaine
(les weasels) pour monter jusqu’au glacier puis pour progresser sur la
glace.
Les traces laissées par les chenilles dans la toundra sont
encore
visibles aujourd’hui, plus de cinquante ans après, tellement la
végétation
repousse lentement dans ces contrées. La photo montre la fin de
la
balade, le long de l’itinéraire des weasels, alors que nous
regagnons
Port-Victor.
Nous avons effectué une autre balade le lendemain, lors de
laquelle
nous sommes montés le long de la moraine du glacier Eqip Sermia,
jusqu’à
dominer l’Inlandsis. J’ai retenu de cette balade des passages assez
vertigineux,
dus à la présence de nombreux verrous glaciaires qui ne
sont
pas équipés de sentiers aménagés comme
ça
le serait dans les Alpes. Je n’étais vraiment pas à
l’aise.
La photo a été prise vers le sommet de la balade, et
montre le glacier vu du haut avec Eqe en arrière-plan.
Cette magnifique journée fut suivie de deux jours de temps
couvert,
mais c’était un moindre mal car il était prévu de
faire
de la navigation. Quittant la baie de De Quervain, notre bateau
(bravant
le danger) s’est approché à quelques mètres
seulement
de la langue du glacier Eqip Sermia :
Nous devions ensuite nous rendre au village de Qeqertaq en passant par
les
détroits séparant l’île d’Arve Prinsens du
« continent ». Malheureusement, c’était
vers cette zone qu’avaient été
poussés tous les icebergs que le vent avait chassés de la
baie
de De Quervain les jours précédents. Le passage
était
dès lors complètement bouché. Le capitaine a bien
essayé
de forcer un peu, mais rien à faire. Il a donc fallu nous
résoudre
à faire tout le tour de l’île d’Arve Prinsens, ce qui
représente
deux jours de navigation (et nous ne sommes finalement pas allés
à
Qeqertaq). Pendant cette traversée parfois un peu houleuse, nous
avons
pu apercevoir de nombreuses baleines, mais personnellement je ne trouve
pas
cela si extraordinaire.
Le 19 août, alors que nous nous approchions du village de Sarqaq,
le
temps s’est à nouveau dégagé, et nous avons pu
photographier
les nombreux (et énormes) icebergs qui se dégagent de
l’Isfjord
de Jabobshavn.
Sarqaq (prononcer Sakrak ) aura finalement été le
seul
village groenlandais que nous ayons visité. Un village assez
typique
où la modernité cohabite avec le mode de vie
traditionnel.
Si les maisons en bois y ont remplacé la tourbe traditionnelle,
si
toutes les maisons ont l’électricité et si le
supermarché
vend toutes les denrées (importées) dont on peut avoir
besoin,
on trouve encore des chiens de traîneaux attachés devant
chaque
maison (il est vivement conseillé de ne pas s’approcher), et les
hommes
en train de dépecer le phoque qu’ils viennent de pêcher,
non
sans en avoir dévoré le foie cru, source de vitamines. Je
n’ai
néanmoins pas pris de photos de tout ça (n’étant
pas
très doué pour ce genre de photos), voici donc une vue
générale
du village qui je le concède ne rend pas grand chose.
Les environs de la plage de Tartunaq offrent un aspect inhabituel au
Groenland : la roche y est en effet d’origine volcanique. On se
croirait donc un petit
peu en Islande.
Après avoir dormi (sous tente) au-dessus de la plage, nous avons
effectué une randonnée sur une montagne de 650 m
dominant
le site. La plage est intéressante de par les restes de village
qu’on
y trouve, et également par ses dunes de sable, très
étonnantes
en ces lieux.
De là commençait le retour en bateau en direction
d’Ilulissat.
Nous avons navigué, au large de Sarqaq et de Qeqertaq, au milieu
de
très grands icebergs.
Après le passage plutôt épique du très
étroit
détroit d’Anitdlagiá, entre les îles d’Arve
Prinsens
et Oqaisut, nous avons dormi à Agpat, ancien comptoir baleinier.
Ces
restes constituent l’unique bâtiment en pierre que j’aie vu dans
la
région.
De retour à Ilulissat , nous effectuons un crochet en direction
de
la sortie de l’Isfjord, là où est produite la plus grande
quantité
d’icebergs de l’hémisphère nord. Ce sont en fait de
véritables
morceaux de glacier qui flottent sur la mer. Mais je crois que
l’endroit
se passe de description…
Et que dire ce ce gros plan d’iceberg, et de sa cavité en forme
de violon ?
Nous sommes le lendemain revenus pedibus sur les bords de
l’Isfjord,
mais j’ai trouvé ça moins spectaculaire que depuis le
bateau.
Je crois aussi qu’il eût fallu longer le fjord sur une distance
plus
grande que je ne l’ai fait…
Et enfin le même Isfjord, cette fois-ci vu de l’avion qui nous
ramenait à Søndre
Strømfjord.
Carte du trajet
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