Fitz Roy et tour du Paine

Patagonie, terre mythique

La Patagonie est une destination que j’ai projetée des années durant avant de la concrétiser. La principale raison étant la grande rigueur du climat de cette région, le Fitz-Roy, le sommet le plus célèbre du coin, ayant en particulier la réputation (sans doute surfaite) de rarement se montrer aux yeux des touristes. Par ailleurs, l’inversion des saisons par rapport à l’Europe oblige à programmer une date hors période de vacances scolaires, les voyages partent donc plus rarement. En outre, le circuit qui suscitait mon intérêt (et qui existait depuis plusieurs années) possédait une particularité assez rare dans le catalogue Terdav : incluant le tour complet du massif du Paine, il exigeait de porter soi-même ses affaires personnelles pendant plusieurs jours. J’hésitais à m’y engager, du moins avant que mes sorties avec le CAF me donnent à cette pratique un certain entraînement. Dernière source d’hésitation, évidemment, le prix, d’autant plus élevé que le voyage est lointain, long, et se déroulant en partie dans un pays (le Chili) dont le niveau de vie est relativement élevé.

Ce séjour est possible entre novembre et mars, et j’ai choisi de partir en novembre, c’est-à-dire au cours du printemps austral. Un choix que je n’ai pas regretté, car la météo s’est montrée assez clémente, nous laissant la possibilité de contempler la plupart des sommets et des paysages du circuit. Seule complication inhérente à cette période, les nombreux névés encore présents sur une partie du tour du Paine, rendant la progression plus difficile (mais non impossible). La circuit se déroulait d’abord en Argentine (commençant par la capitale Buenos Aires, avant d’enchaîner, en Patagonie, par une randonnée en étoile dans le secteur du Fitz-Roy, ainsi que la très touristique visite du glacier Perito Moreno). Passant ensuite au Chili par voie terrestre, était donc programmé, en une semaine environ, le tour du parc du Paine. Notons que contrairement à beaucoup de voyages en Patagonie, ce voyage n’incluait pas d’escale en Terre de Feu ni de passage par la ville d’Ushuaïa.

Ce voyage est le plus austral que j’aie effectué à ce jour.

Nous avons rejoint Buenos Aires par la compagnie espagnole Iberia (avec escale à Madrid dans un aéroport aux dimensions kilométriques mais aux salles d’embarquement désertes : la crise qui venait de frapper le pays se faisait largement sentir !). J’ai peu goûté cette compagnie aérienne, très avare de tout ce qui pourrait améliorer le confort du passager. Arrivés sur place en milieu de journée après une vingtaine d’heures de voyage, nous avons immédiatement enchaîné par la visite de la ville, parcourant pas moins de cinq quartiers différents. Inutile de dire que nous étions vannés. Le guide nous accompagnant pour ce périple urbain, Hermann, n’était pas celui qui nous a ensuite accompagnés en Patagonie.

(Voir le plan de notre visite de Buenos Aires)

Nous avons ressenti une drôle de sensation en descendant du minibus : la douceur ! Quittant à peine la froidure et la pénombre d’un mois de novembre parisien, nous nous trouvions sans transition en pleine atmosphère printanière ! Impression toutefois trompeuse et ce à deux titres. D’une part parce que c’était sur place la première journée de temps clément après une longue période de dépression (et d’ailleurs, lors de notre bref passage à Buenos Aires au retour, nous ne devions nullement retrouver cette douce ambiance). Et d’autre part, bien sûr, parce que dès le lendemain nous devions prendre l’avion pour Calafate, deux mille kilomètres plus au sud et au climat nettement plus rude…

La place de Mayo à Buenos Aires, le 6 novembre 2012L’obélisque de Buenos Aires vu de la place de Mayo, le 6 novembre 2012

Nous avons démarré la visite de la ville par la place de Mayo, là où bat le cœur politique du pays. On trouve sur cette place la palais présidentiel (ou palais Rose, malheureusement en partie masqué par cette horrible palissade taguée) ainsi que la cathédrale. C’est aussi sur cette place que se déroulent la plupart des manifestations, grèves etc. Au moment de notre visite, il y avait par exemple une grève des éboueurs. Il faut savoir que l’Argentine est un pays très latin, de langue évidement (l’espagnol) mais aussi de population puisque bon nombre des habitants sont des descendants d’immigrés italiens. Il partage de ce fait avec notre pays pas mal d’aspects et pas toujours des meilleurs. Donc notamment, les grèves à répétition, principal moyen d’expression de syndicats disposant d’un pouvoir de nuisance maximal. Également la centralisation extrêmement forte du pays, tout étant plannifié et décidé à Buenos Aires dont l’aglomération (14 M d’habitants) concentre le tiers de la population de l’Argentine. Pays de tradition catholique, l’Argentine subit comme la France un phénomène de déchristianisation poussé, avec entre autres comme conséquence l’adoption par leurs politiques de lois « sociétales » toutes plus délirantes les unes que les autres (mariage pour tous et j’en passe), recevant semble-t-il l’approbation ou du moins l’acceptation de la population. Autre phénomène, qui n’a pas atteint le même point chez nous mais qui prend malheureusement le même chemin, la quasi disparition de l’armée, moyen commode de diminution des crédits publics. Il est vrai que l’Argentine a aussi subi une longue et sanglante dictature militaire (entre 1976 et 1983), et qu’il faut plutôt en voir là le contrecoup.

Nous avons rapidement visité la cathédrale de Buenos Aires, dite cathédrale métropolitaine, de construction assez récente (1791) et présentant extérieurement l’aspect d’un temple antique (inspiré paraît-il du palais Bourbon à Paris). Il est à noter que son archevêque à l’époque de mon voyage, Jorge Mario Bergoglio, n’était autre que l’actuel pape François.

L’intérieur de la cathédrale métropolitaine de Buenos Aires, le 6 novembre 2012Le mausolée de José de San Martín dans la cathédrale de Buenos Aires, le 6 novembre 2012L’intérieur de la cathédrale métropolitaine de Buenos Aires, le 6 novembre 2012

Halte (et consommation) ensuite dans le plus célèbre café de Buenos Aires, le café Tortoni. Cet établissement s’inspire d’un café parisien éponyme qui existait au XIXe siècle et que fréquentait la haute société de l’époque (il était situé boulevard des Italiens). Le café porteño existe depuis 1858.

Le café Tortoni de Buenos Aires, le 6 novembre 2012

Changement de quartier maintenant pour nous rendre dans le marché San Telmo. La structure en fer date de la fin du XIXe siècle. Notre guide tenait surtout à nous montrer l’étal de viande de bœuf, la grande spécialité argentine comme chacun le sait.

Le marché du quartier San Telmo à Buenos Aires, le 6 novembre 2012

Retour au bus et direction le très touristique quartier de la Boca. Là se trouve notamment l’un des deux principaux stades de foot de Buenos Aires, où grandit la gloire du pays, Maradona (même moi je connaissais Maradona avant de venir !). La Boca, c’est aussi un ensemble de maisons colorées photogéniques, le Caminito.

Buenos Aires, Caminito (quartier de la Boca), le 6 novembre 2012Maisons colorées du Caminito (quartier de la Boca), le 6 novembre 2012

Dans les cafés du Caminito se produisent des étudiants dans des prestations de tango à destination des touristes (toute la journée durant, ça doit être assez usant !)

Danseurs de tango dans le Caminito à Buenos Aires, le 6 novembre 2012

Je n’ai pas filmé malheureusement, je n’avais pas l’appareil pour.

Nous avons déjeuné (sans le guide) au Calamito, je me suis contenté d’empanadas, sorte de friand fourré (une spécialité argentine).

Passage en bus près du port de Buenos Aires, abandonné depuis de nombreuses années pour cause d’ensablement. La capitale argentine n’est pas réellement une ville maritime, elle donne sur le très large estuaire du rio de la Plata (la rive d’en face, invisible, est située en Urugay et s’y trouve la capitale du pays Montevideo). Témoin de l’activité passée, ce pont transbordeur (le pont Nicolás Avellaneda), qui ne manque pas d’interpeller l’ancien nantais que je suis.

Le pont transbordeur de Buenos Aires, le 6 novembre 2012

Le quartier suivant de notre visite est celui de Puerto Madero. C’est un secteur moderne avec des docks reconvertis, un peu comme à Bordeaux, concentrant également des gratte-ciel. On peut aussi y admirer la frégate du président Sarmiento, autrefois bateau école et devenu musée.

La frégate du président Sarmiento, et le quartier de Puerto Madero en arrière-plan (Buenos Aires, 6 novembre 2012)

Derrière Puerto Madero se trouve une grande surface de verdure (la réserve « écologique » Costarena sud) où vivent des caïmans « inoffensifs ».

Étrange visite pour clore ce tour rapide de Buenos Aires, le (minuscule) cimetière de la Recoleta. Y sont entassés des monuments funéraires tous plus extravagants les uns que les autres. On circule dans le cimetière par de véritables petites ruelles. Comme au Père Lachaise à Paris, le but de la visite est de retrouver quelques tombes de personnages célèbres, à commencer par celle d’Evita Perón.

Ruelle du cimetière de la Recoleta à Buenos Aires, le 6 novembre 2012Le cimetière de la Recoleta à Buenos Aires, le 6 novembre 2012

Ce jacaranda en fleurs constitue l’un des symboles de la ville de Buenos Aires.

Jacaranda en fleurs dans le quartier de la Recoleta, le 6 novembre 2012

Après avoir gagné notre hôtel (salle de bains pourvue de bidet, nous sommes en pays latin !) nous avons encore effectué un petit tour en ville (non loin de la place de Mayo). Nous avons à cette occasion traversé l’avenue du 9 juillet, les «  Champs-Élysées » porteños, deux fois plus larges que l’original (l’avenue est tellement large qu’il faut attendre trois cycles de feux pour parvenir à la traverser à pied !). Le nom fait référence à l’indépendance de l’Argentine (9 juillet 1816). Comme sur les Champs-Élysées, la perspective est fermée par un obélisque (de construction moderne en l’occurrence (1936) et tellement haut qu’il domine toute la ville ; voir aussi cette photo à droite).

L’avenue du 9 juillet à Buenos Aires, le 6 novembre 2012

L’atmosphère du séjour devait, comme annoncé, changer radicalement dès le lendemain matin avec un vol de trois heures pour Calafate, la capitale touristique de la Patagonie argentine (ensuite l’avion continuait sur Ushuaïa en Terre de Feu, au programme de la plupart des tours-opérateurs de Patagonie mais pas de mon voyage). J’étais dans l’avion à côté du hublot, mais pas du bon côté, ce qui fait que je n’ai pas pu apercevoir le Fitz Roy avant d’atterrir. L’avion survolait une steppe dépourvue d’arbres (les précipitations en Patagonie viennent du Pacifique et sont majoritairement arrêtées par la cordillère des Andes), avec quelques petites collines dont les sommets en ce milieu de printemps étaient encore recouverts de neige. Il faisait plutôt beau (quoique frisquet) pour notre premier jour en Patagonie. Malheureusement le temps devait se dégrader les jours suivant.

Notre guide, Alexis, était un jeune Français qui vivait sur place, au cursus pour le moins original. Ingénieur de formation et exerçant un emploi très lucratif (mais sans doute peu gratifiant), il a un jour tout arrêté, suscitant comme on l’imagine l’incompréhension de sa famille. Il s’est construit un voilier, puis, accompagné de son amie, ils ont descendu tout l’océan Atlantique jusqu’à la Patagonie. Ils ont ensuite navigué dans le coin pendant quelques années (visitant notamment ce qu’on appelle les canaux de Patagonie (le complexe système de fjords de la côte pacifique), ainsi que la très inaccessible et peu explorée cordillère de Darwin qui se trouve en Terre de Feu. Mieux, ils ont traversé les cinquantièmes hurlants (passage de Drake) pour aller visiter la péninsule antarctique. Traversée qui est loin d’être sans danger, la présence de « vagues scélérates » y étant avérée. Néanmoins il fallait bien vivre, et l’ingénieur s’est finalement fait guide touristique au Chili et en Argentine.

Calafate est une ville champignon qui a poussé en une décennie et qui ne vit que du tourisme. Son nom provient d’une plante locale, comestible mais pas très bonne. La ville est construire au bord d’un immense lac d’origine glaciaire, le lac Argentino. Plus au nord se trouve un autre lac de taille à peu près identique, le lac Viedma. Dans ces deux lacs se jettent plusieurs glaciers provenant du champ de glace de Patagonie, la troisième calotte glaciaire du monde (après l’Antarctique et le Groenland) qui est perchée sur la cordillère des Andes et alimentée par les précipitations neigeuses abondantes en provenance du Pacifique. Ces glaciers (dont le plus célèbre est le Perito Moreno que nous irons admirer au milieu du séjour) vêlent quelques icebergs dans les lacs.

Il n’y a pas grand chose à faire à Calafate même. Le programme prévoyait néanmoins une activité mais j’avoue qu’elle ne m’a pas subjugué. Elle consistait à aller visiter un parc ornithologique à la périphérie de la ville, le parc Nimez. Nous y avons passé deux heures, notre guide était incollable sur les centaines d’oiseaux différents qu’on pouvait y apercevoir. En voici quelques photos.

Flamants roses dans le parc Nimiez de Calafate, le 7 novembre 2012

Ce qui m’a finalement le plus interpellé dans cette visite, c’est le groupe de touristes (assez âgés) que nous avons croisés à la fin. Tous était munis d’appareils photos réflex, de trépieds, et d’objectifs de paparazzi que j’aurais été curieux de soupeser. Il faut croire que certains ne viennent en Patagonie que pour l’ornithologie ! Chacun son truc.

Nous avons le lendemain quitté Calafate pour El Chaltén, autre ville touristique située au pied du massif du Fitz Roy et parfois surnommé le Chamonix argentin. La route est assez longue (200 km environ), il faut contourner par l’est les deux lacs Argentino et Viedma. Le temps assez couvert nous a empêchés d’apercevoir le Fitz Roy et les autres sommets de la région (nous pourrons les voir au retour). Seule la base du grand glacier Viedma émergeait des nuages.

Arrêt venteux en direction d’El Chaltén, le 8 novembre 2012

C’est en sortant quelques secondes du véhicule pour prendre ces clichés que nous avons compris notre malheur. Le vent sur cette plaine était littéralement intenable ! Je me suis vraiment inquiété pour la randonnée qui nous attendait l’après-midi. Heureusement les bourrasques sont moins fortes dans les vallées du massif.

Voici une photo d’El Chaltén (prise au début de la randonnée). Le nom de Chaltén était celui que donnaient au Fitz Roy les indiens tehuelche (il est d’ailleurs question de rebaptiser la montagne, mais cela n’a pas encore été fait). Nous logions dans une auberge de jeunesse, très à l’écart du centre et au confort médiocre. Il faut dire que les prix en Argentine et au Chili sont très élevés.

El Chaltén, le 8 novembre 2012

Cette première randonnée devait nous conduire au lac Capri, en théorie magnifique belvédère sur le Fitz Roy. Outre Alexis, nous étions accompagnés d’un second guide accrédité par le parc du Fitz Roy et dont le rôle était surtout de nous empêcher de faire de travers. Le sentier jusqu’au lac était suraménagé pour recevoir une foule importante et peu entraînée, et avec interdiction de s’en écarter ne fût-ce que d’un centimètre. On est même censé ramener ses excréments dans la vallée (heureusement pour moi la question ne s’est pas posée). Les parcs nationaux à la mode américaine, j’ai vraiment horreur de ça.

En direction de la laguna Capri, le 8 novembre 2012

À défaut du Fitz Roy, j’ai peu prendre quelques photos de la forêt patagonienne (constituée uniquement d’espèce endémiques).

Le sentier suraménagé de la laguna Capri, le 8 novembre 2012

Quant au lac, nous l’avons atteint… alors que la neige commençait à tomber. Nous ne nous attendions pas à ça ! Heureusement elle a à peine tenu.

La laguna Capri par mauvais temps, le 8 novembre 2012En direction de la laguna Capri, le 8 novembre 2012

Le temps s’est partiellement dégagé le lendemain matin, et nous avons pu apercevoir, pour la première fois, émergeant partiellement des nuages, le Fitz Roy. Par contre le Cerro Torre, que le but de la balade était précisément d’aller admirer de près, est resté presque entièrement dans les nuages.

Le Fitz Roy émergeant des nuages, le 9 novembre 2012

Donc, nous nous sommes rendus à la lagune Torre (camp Agostini), le point de départ des ascensions du Cerro Torre. Le sentier pour se rendre à ce lac est très fréquenté et aussi très facile (quasiment tout plat à l’exception du franchissement de quatre moraines successives, témoins des avancements maximaux du glacier au cours des âges). Pour faire durer la randonnée, notre guide nous a prodigué plusieurs arrêts botanique et ornithologie, ce qui avait pour effet de m’ennuyer quelque peu…

Anémone (9 novembre 2012)Ce nom d'oiseau m'est inconnu (9 novembre 2012)

En ce qui concerne l’ornithologie, nous avons quand même eu droit à quelque chose sortant vraiment de l’ordinaire. À un moment de notre progression, nous avons aperçu un groupe de touristes attroupés sur les rives d’un torrent, à quelque distance du sentier ce qui est en principe interdit. Les ayant rejoints, nous avons aperçu, nageant (à contre-courant !) dans les flots impétueux, trois canards (deux mâles et une femelle). Notre guide nous a expliqué qu’il s’agissait de merganettes des torrents, une espèce en voie de disparition, et que c’était la première fois que lui-même en voyait.

Merganettes des torrents, le 9 novembre 2012

Nous sommes bientôt arrivés au lac, face donc au Cerro Torre que nous ne pouvions qu’imaginer (« en face de vous l’aiguille du Midi », indiquait fièrement autrefois, qu’il vente ou qu’il grêle, un panneau publicitaire chamoniard). Bref nous avons jeté un rapide coup d’œil sur le lac dans lequel le glacier vêle quelques icebergs ; puis, ayant trouvé un coin un peu abrité mais déjà utilisé par des dizaines de groupes de touristes avant nous, nous avons pique-niqué tout en écoutant, prodigués par notre guide, les récits héroïques des premières ascensions.

Le glacier du Cerro Torre vu du camp Agostini, le 9 novembre 2012La silhouette du Cerro Torre vue du camp Agostini, le 9 novembre 2012

La conquête du Cerro Torre a duré plusieurs décennies. Diverses expéditions se sont succédé, presque toutes italiennes, certaines tentant la montée par l’est d’autres par l’ouest. Celui qui a fait le plus parler de lui est un certain Cesare Maestri, qui a d’abord prétendu être monté en 1959 avec un compagnon (Toni Egger) mort à la redescente, emporté par une avalanche. Mais personne ne l’a vu et les photos de l’ascension auraient disparu avec Toni Egger. Comme de plus en plus de monde mettaient en doute la véracité de son récit, il est revenu sur les lieux en 1970, après avoir fait fabriquer un appareil sophistiqué (un compresseur) qui permettait de planter des pitons. Il a effectué l’ascension à l’aide de cette machine (plantant énormément de pitons !) qu’il a ensuite abandonnée en haut de la paroi ; mais il a dédaigné l’ascension du champignon de glace sommital. Cette ascension n’est donc pas non plus reconnue.

Finalement c’est en 1974 qu’a eu lieu la première ascension incontestée. Les pitons restés sur la voie se sont longtemps avérés très utiles aux grimpeurs ultérieurs… jusqu’à ce qu’une équipe américaine décidât unilatéralement, début 2012 soit très peu de temps avant mon voyage, de les retirer parce que cela abîmait la montagne (ils ont failli se faire lyncher par les gens d’El Chaltén !).

Le temps s’est nettement dégagé le lendemain (pour ensuite rester au beau fixe pendant plusieurs jours). Tous les sommets étaient visibles, même si une couche de nuage d’altitude, persistant pendant la matinée, a un peu gâché les premières photos. Ce jour là était organisée une randonnée en boucle avec un aller en minibus et un retour à pied par la montagne, approchant le Fitz Roy. Lorsque nous avons pu apercevoir la montagne depuis le minibus, nous avons demandé un arrêt immédiat pour faire nos premières photos ! Nous n’aurons pas été de ces touristes malchanceux venus jusqu’en Patagonie sans pouvoir apercevoir le Fitz Roy.

Le Fitz Roy photographié depuis la route de l’hôtel El Pilar, le 10 novembre 2012

Après une courte progression dans la forêt patagonienne, nous faisions face au glacier Piedras Blancas qui descend directement du Fitz Roy et qui se jette dans un lac glaciaire. Nous n’aurons pas l’occasion de l’admirer de plus près.

Le Fitz Roy, la pointe Val Biois, l’aiguille Mermoz et l’aiguille Guillaumet, et le glacier Piedras Blancas (10 novembre 2012)

Le lac est encore gelé : nous étions au printemps !

Une vue globale sur le massif, au moment où nous sortons de la forêt :

Les aiguilles Saint-Exupéry, Juarez, Poincenot, et le Fitz Roy, le 10 novembre 2012

Nous avons enchaîné par une montée en lacets assez abrupte (et aussi très fréquentée !) jusqu’à un belvédère à 1200 m d’altitude environ. Le belvédère est voisin d’un lac gelé, le lac de Los Tres, et en domine un autre beaucoup plus vaste (lui aussi partiellement gelé), le lac Sucia.

Les aiguilles Juarez, Poincenot et le Fitz Roy. Des abords du lac de Los Tres (10 novembre 2012)

La seule photo que j’aie prise du lac Sucia :

Au fond à droite, les aiguilles Saint-Exupéry, Juarez et Poincenot. En contrebas, le lac Sucia (10 novembre 2012)

Nous avons aussi eu droit, depuis ce belvédère, au récit de la conquête du Fitz Roy par le Français Lionel Terray en 1952 (c’est la seule montagne de ce massif et même de toute la Patagonie qui ait été conquise par un Français ; mais c’est aussi la plus connue et en tout cas la plus haute, 3 405 m). Je n’ai sans doute pas appris grand chose de ce récit, m’étant délecté pendant mon adolescence de l’ouvrage de Lionel Terray, les Conquérants de l’inutile

Pour grimper, Terray et son compagnon de cordée Guido Magnone sont partis du névé suspendu où ils avaient fait installer un camp. De là, ils ont attaqué la paroi pour rejoindre l’arête moins pentue qui se trouve sur la gauche (ils sont montés une première fois afin d’installer des cordes fixes qui leur ont fait gagner du temps pour l’assaut final). Après l’ascension, leur retraite a été compliquée par la tempête qui arrivait et c’est in extremis qu’ils ont pu regagner le camp.

Cet exploit leur a valu une réception en grande pompe par le président argentin Juan Perón (qualifié par la suite par Terray de « dictateur de l’heure », ce qui est pour le moins contestable…).

Gros plan sur l’aiguille Poincenot, le 10 novembre 2012
Les aiguilles Juarez, Poincenot et le Fitz Roy, le 10 novembre 2012

L’aiguille que j’ai prise en gros plan sur la photo de gauche s’appelle l’aiguille Poincenot. Jacques Poincenot (1923-1952) était un alpiniste français, membre de l’expédition de Terray et qui périt noyé dans un torrent au cours de la marche d’approche (ce drame faillit d’ailleurs compromettre la suite de l’expédition). La rumeur, colportée par les guides touristiques de Chaltén mais dont Terray ne souffle mot dans son ouvrage, est que cette noyade ne serait pas accidentelle mais une vengeance d’un potentat local à la suite d’une affaire de mœurs. Inventée ou non, cette histoire permet en tout cas d’ajouter un peu de piquant au récit de la conquête du Fitz Roy, bien moins croustillante il faut le reconnaître que celle du Cerro Torre.

Le Fitz Roy vu de la lagune de Los Tres, le 10 novembre 2012

Une fois redescendus du belvédère par le même sentier en lacets, nous avons gagné le lac Capri (lieu de la balade pluvieuse du jour de notre arrivée). Un long trajet à plat dans les marécages offrant une belle vue sur le massif, quoique à contre-jour et à condition de se retourner.

Le massif du Fitz Roy, le 10 novembre 2012

Voici finalement la laguna Capri, bien différente de ce qu’elle était deux jours auparavant.

Le Fitz Roy vu de la laguna Capri, le 10 novembre 2012

Il a encore fait très beau le jour suivant. Nous avons effectué une balade sur les collines de Pliegue tumbado, au-dessus du camp Agostini. Laquelle balade nous a permis, outre le Fitz Roy, de bien voir le Cerro Torre.

Le Cerro Torre avec les aiguilles Egger et Standhardt, le 11 novembre 2012

Le sentier que nous avons emprunté ce jour était bien moins fréquenté (et nettement moins aménagé) que les jours précédents. Nous avons tout de même croisé un groupe de touristes, qui bizarrement faisait porter ses bagages par un troupeau de lamas. Les lamas sont en principe totalement absents de cette région (ils vivent beaucoup plus au nord, sur l’Altiplano) mais ils sont été importés dans le parc du Fitz-Roy pour l’accompagnement des touristes, car ils font (paraît-il) bien moins de dégâts que les chevaux.

Lamas utilisés pour transporter les affaires d’un groupe de touristes (11 novembre 2012)Lamas utilisés pour transporter les affaires d’un groupe de touristes (11 novembre 2012)

Cette randonnée montait en pente douce, même si nous avons fini par atteindre la même altitude que la veille. Nous sommes passés de la forêt patagonienne aux alpages (assez pelés et encore en partie couverts de neige).

Vue sur le Fitz Roy en sortant de la forêt patagonienne, le 11 novembre 2012

Nous nous sommes retrouvés à escalader un névé, face à la pente. Laquelle n’était heureusement pas très raide.

On se serait cru en haute altitude ! (11 novembre 2012

Une fois sur la crête, la vue sur le Cerro Torre était vraiment splendide.

Le Cerro Torre (avec à droite les aiguilles Egger et Standhardt), le 11 novembre 2012

En contrebas, le camp Agostini, lieu de notre nuageuse balade de l’avant-veille.

Le Cerro Torre et le Fitz Roy ; en contrebas le camp Agostini (11 novembre 2012)

Nous avons fait un long pique-nique face à ce paysage. Alexis avait apporté de quoi préparer la boisson chaude favorite des Argentins, le Mate. Cela s’accompagne de tout un cérémonial, on la fait chauffer dans un récipient spécial et la boit d’une certaine façon, à tour de rôle. J’ai goûté, mais n’ai pas goûté (c’est très amer). Aussi, si notre guide en refera presque chaque jour par la suite (y compris sur le tour du Paine où il fallait porter toutes ses affaires), je n’en reprendrai plus.

Nous sommes redescendus assez vite (y compris en faisant de la ramasse sur certains névés) car Alexis souhaitait nous faire visiter le musée de Chaltén, et notamment la salle consacrée à l’histoire des ascensions des sommets de la région. Manque de pot, une fois sur place nous avons dû attendre assez longtemps car il y avait un groupe du troisième âge (accompagné d’un conférencier) qui squattait ladite salle ! Nous avons quand même pu la voir, rapidement, juste avant que le musée ne ferme. Y sont présentés l’évolution du matériel d’alpinisme (des très rudimentaires cordes et pitons utilisés par Lionel Terray au matériel ultra-moderne que l’on fait aujourd’hui) ainsi que les différentes voies d’ascension des sommets de la région et leur classification. Il existe plusieurs systèmes de classification des courses de haute montagne, et c’est le système français que l’Argentine utilise. Cela va de F (facile), PD (petite difficulté, le maximum que je puisse faire, et encore avec peine !), AD, D, TD, ED (assez difficile, difficile, très et extrêmement difficile), pour finir par… ABO (abominable !). Je n’avais jusqu’ici jamais entendu parler du ABO, je ne sais pas si c’est une invention spécifiquement dévolue à la Patagonie. La voie normale du Fitz Roy, celle que gravit Terray en 1952, est classée « seulement » TD.

Le massif du Fitz-Roy (photographié depuis l’entrée du musée de Chaltén), le 11 novembre 2012

Nous avons quitté Chaltén le lendemain matin, mais il faisait encore un temps magnifique. Aussi, après un ou deux kilomètres dans la plaine patagonienne, nous avons fait stopper le véhicule pour photographier ce qui aurait dû être notre première vision du massif en arrivant. J’aime beaucoup cette photo, je l’ai mise en fond d’écran sur plein d’ordinateurs, y compris au boulot.

La route d’accès à Chaltén et le massif du Fitz Roy, le 12 novembre 2012

C’est vraiment à ce moment que nous avons pris les plus belles photos du massif. En particulier celles du Cerro Torre.

Le Cerro Adela et le Cerro Torre, photographiés depuis la route en quittant El Chaltén, le 12 novembre 2012Le Cerro Torre photographié depuis la route d’El Chaltén, le 12 novembre 2012

On pouvait également apercevoir le spectaculaire glacier Viedma qui descend de la calotte patagonienne pour se jeter dans le lac éponyme (à moins que ce ne soit le contraire). Nous n’aurons pas l’occasion d’approcher davantage ce glacier.

Le glacier Viedma photographié depuis la route d’El Chaltén, le 12 novembre 2012

Encore quelques panoramiques (on ne s’en lasse pas !)

Le massif du Fitz Roy vu depuis la route d’El Chaltén, le 12 novembre 2012
Le massif du Fitz Roy photographié depuis la route d’El Chaltén, le 12 novembre 2012

Soixante kilomètres plus loin, nous étions arrivés à l’extrémité du lac Viedma. Mais le Fitz Roy et son massif étaient toujours visibles ! Nouvel arrêt, nouveau panoramique.

Le glacier Viedma et le massif du Fitz Roy, photographiés depuis l’extrémité du lac Viedma, le 12 novembre 2012

Enfin une dernière halte sur la route de Calafate, cette fois-ci au bord du lac Argentino. C’en était terminé pour le Fitz Roy, mais le paysage était encore remarquable. La ville est visible sur la gauche de la photo.

Calafate et le lac Argentino, le 12 novembre 2012

Nous étions de retour à Calafate pour le déjeuner. L’après-midi a ensuite été consacré à une excursion touristique vers le glacier le plus célèbre d’Argentine, le Perito Moreno. Le Perito Moreno est un immense champ de glace qui descend de la calotte patagonienne sud, et se déverse dans un lac (en fait, un fjord du lac Argentino). La particularité de ce site est que le fjord est à cet endroit courbé et que la glace fait face à une presqu’île. Périodiquement, le glacier atteint la presqu’île jusqu’à venir complètement boucher le fjord. Une partie du lac se trouve dès lors isolée et son niveau se met à monter (jusqu’à 25 mètres). Au bout d’un certain temps, la pression fait céder la glace, occasionnant un phénomène très spectaculaire (et très médiatisé). Les ruptures ont lieu en moyenne tous les trois ou quatre ans (en fait le cycle est irrégulier). La précédente avait eu lieu en mars 2012, six mois avant mon voyage, et le lac commençait juste à se reboucher. La rupture suivante s’est produite le 10 mars 2016.

Le Perito Moreno est un site ultra-touristique. On le visite généralement à pied en se rendant sur la presqu’île lui faisant face, où des kilomètres (sans exagération) de passerelles de bois ont été construites afin que la foule n’abîme pas la végétation. Les agences proposent également une navigation sur le lac, voire une balade en crampons sur la glace. Nous n’avions pas le temps pour cette dernière option, par contre nous avons (moyennant supplément) pu effectuer la balade en bateau.

Voici pour commencer quelques photos prises du bateau. Ce dernier est chauffé et très confortable, à condition de rester à l’intérieur. Mais pour les prises de vues, c’est quand même préférable de monter sur le pont. L’embarcation se rapproche très près des glaces, ça m’a rappelé le Groenland et l’exploration du glacier Eqip Sermia.

Navigation au pied du glacier Perito Moreno, le 11 novembre 2012Navigation au pied du Perito Moreno, le 11 novembre 2012

Après la navigation, place à l’exploration à pied, à l’extrémité de la presqu’île.

Le glacier Perito Moreno, le 11 novembre 2012

La dernière photo de la série précédente montre l’une de ces fameuses passerelles. Tout cet aménagement nous paraissait totalement disproportionné : il n’y avait pas plus d’une cinquantaine de personnes sur le site ce jour là ! Il faut dire que ce n’était pas la haute saison, et qu’en plus la crise qui venait de frapper en Espagne avait drastiquement réduit l’affluence touristique en Argentine.

Vue panoramique du Perito Moreno, le 11 novembre 2012

En tout cas, ces passerelles permettent d’admirer le Perito Moreno sous tous les angles. On peut faire des premiers plans bucoliques sur fond de glacier (les arbres avec les fleurs rouges s’appellent des notros).

Notros en fleurs sur fond de glacier Perito Moreno (11 novembre 2012)

On peut également grimper, suffisamment haut pour admirer l’ensemble du cirque glaciaire à l’origine de ce glacier. Les sommets que l’on aperçoit sont distants d’une dizaine de kilomètres.

Le circle glaciaire du Perito Moreno, le 11 novembre 2012

Dommage quand même qu’il n’y ait pas eu davantage de soleil.

Le Perito Moreno et son cirque glaciaire, le 11 novembre 2012

On peut également descendre pour admirer la glace de plus près. Enfin, pas trop quand même : il n’est plus possible d’accéder à la grève, comme c’était le cas jusqu’en 1988. Les chutes de séracs occasionnaient régulièrement des décès à l’époque. Des chutes de séracs qui sont du reste très fréquentes sur ce glacier, nous avons pu en admirer (et photographier) une alors que nous nous trouvions juste en face ! (Mon appareil n’était malheureusement pas pourvu d’une fonction vidéo).

Chute de sérac sur le glacier Perito Moreno, le 11 novembre 2012

Nous avons rejoint le lendemain le massif du Paine, au Chili. Ce dernier n’est pas très éloigné à vol d’oiseau du Perito Moreno (une cinquantaine de kilomètres environ), mais un détour important est nécessaire pour s’y rendre en véhicule. On se dirige vers le sud-est, montant sur un plateau à 800 m d’altitude (ce qui est énorme pour la région !) avant de gagner Esperanza, une sorte de relais routier perdu dans la pampa. Là, virage à presque 180°, direction plein ouest. Peu avant de franchir la frontière, nous passons au point le plus austral du voyage (51°17’6" de latitude sud). Les deux postes frontière argentin et chilien sont séparés de quelques kilomètres. Les Chiliens passent systématiquement les bagages aux rayons X, à la recherche de denrées périssables dont l’introduction au Chili est interdite (en 2000, déjà, j’avais été confronté aux affres de la douane chilienne).

Nous nous dirigeons ensuite vers le parc du Paine, que nous apercevons ici depuis les rives du lac Sarmiento (étrange qu’un lac entièrement situé au Chili porte le nom d’un président argentin ! Je n’en ai pas noté la raison).

Le massif du Paine vu des rives du lac Sarmiento, le 13 novembre 2012

Le secteur regorge d’animaux sauvages : d’abord des nandous (de Darwin), sortes de petites autruches d’Amérique du sud.

Nandou de Darwin (13 novembre 2012)

Et puis, surtout, des guanacos, qui sont des camélidés, cousins du lama, de l’alpaga et de la vigogne.

Guanaco près du lac Sarmiento, le 13 novembre 2012

Pour en revenir au lac Sarmiento : il possède la particularité de ne pas se déverser. En outre, des micro-organismes particuliers (les cyanobactéries) vivent à l’intérieur en faisant de la photosynthèse. Ces bactéries produisent des pierres blanchâtres particulières qui tapissent les rives du lac, les stromatolithes, que l’on peut voir sur la photo ci-dessous (tout ça, c’était la retranscription plus ou moins fidèle de l’explication scientifique prodiguée par notre ingénieur de guide).

Stromatolithes sur les rives du lac Sarmiento, le 13 novembre 2012

Nous avons fait une petite randonnée (sans sac) ce jour là en fin d’après-midi, qui ne faisait pas encore partie du tour du Paine (puisque nous reprendrions les véhicules après). Nous nous sommes élevés sur les berges du lac Sarmiento, d’où nous pouvions apercevoir par moment le massif du Paine.

Reflet du massif du Paine (13 novembre 2012)

L’un des objectifs de cette randonnée était d’aller admirer des peintures pariétales préhistoriques que l’on trouve sur certains rochers. J’avoue que je n’ai pas été subjugué (il ne faut pas être allé au Sahara pour pouvoir apprécier !) et que je n’ai pas tout retenu des explications sur les cultures les ayant produites (il semble, d’ailleurs, que ces peintures n’ont pas été datées avec précision).

Falaise abritant des peintures pariétales (13 novembre 2012)

Un peu de botanique…

Calcéolaire (calceolaria uniflora) (merci Wikipedia !)

Cette randonnée nous a surtout permis de voir des guanacos, en nombre important (l’endroit est connu pour cela). Ils se laissent approcher à une dizaine de mètres. Les guanacos vivent en bande avec un mâle dominant. En fait la gestation des guanacos dure 11 mois et les petits naissent normalement tous à la même date (nous avons toutefois aperçu un petit qui était né précocement). Les guanacos sont assez agiles et sont capables de sauter par-dessus les clôtures (à la différence des nandous dont certains se retrouvent enfermés toute leur vie).

Guanaco (13 novembre 2012)

Nous avons de là regagné le véhicule, puis le refuge de Las Torres. Au moment de pénétrer dans le parc, nous avons dû descendre de véhicule et nous rendre à l’intérieur des bâtiments, dans une salle de projection vidéo. Nous avons eu droit à un petit film de propagande (en espagnol sous-titré en anglais) sur ce qu’il convenait de faire et de ne pas faire dans le parc. C’est que l’année précédente, un grave incendie avait ravagé plusieurs versants de montagne (à un endroit où nous passerons, entre les lacs Grey et Pehoe) et entraîné la fermeture du parc pour plusieurs semaines. Cet incendie avait été provoqué accidentellement par des touristes israéliens (notre guide disait israélites, je ne sais pas s’il le faisait exprès…) qui avaient cherché à brûler leur papier toilette.

Le refuge de Las Torres où nous avons passé notre première nuit est une véritable usine à randonneurs : dortoirs de six, cantine digne d’un établissement scolaire… et prix de la nuitée faramineux ! Ceci expliquant sans doute cela, nous passerons les nuits suivantes sous tente.

Le tour du Paine proprement dit a débuté le lendemain matin : sept jours et demi de marche d’affilée, avec portage ! Nous n’étions néanmoins pas en autonomie totale, dans la mesure où deux porteurs nous accompagnaient pour porter les tentes et le matériel lourd (cuisine). Du reste, à l’exception d’une unique nuit (au camp de Perros), nous dînerions dans les refuges et emporterions pour le midi les casse-croûtes préparés par les mêmes refuges. Mon sac à dos pour ce trek pesait 11 kg.

Début du tour du Paine, le 14 novembre 2012

La première journée de marche n’était pas la plus exceptionnelle du point de vue du paysage. Nous n’avons pu apercevoir les tours du Paine qu’au tout début. Ensuite, nous avons cheminé dans la campagne. Particularité de ce secteur, quoiqu’il fasse partie du parc du Paine, la présence d’estanzia (fermes) (et donc, de troupeaux de vaches et de gauchos, terme qui ne désigne pas ici un soixante-huitard attardé mais un gardien de troupeau à cheval). En fait, ces fermes existaient avant la création du parc et les fermiers n’ont pas été expropriés (il y a donc une réglementation spéciale pour cette partie du parc). Ceci expliquant peut-être cela, le propriétaire d’une des fermes est aussi le maire du village…

Les vaches du parc national (du Paine), le 14 novembre 2012

La zone est très peu fréquentée par les touristes. Rares sont ceux en effet qui entreprennent le tour complet du Paine (qui comme on l’a vu exige un engagement physique assez important). La plupart se contentent de la randonnée dite du W, à savoir le glacier Grey, la vallée du Français et le belvédère des Tours. Ce que nous parcourrons les trois derniers jours.

Ici le rio Paine, la plus grande rivière du secteur, que nous n’aurons pas à traverser.

Le rio Paine, le 14 novembre 2012

Nous sommes arrivés assez tôt au premier refuge, Serón (où nous nous sommes quelque peu ennuyés). Ce refuge est le seul du tour qui soit accessible en 4×4. Nous y avons pris notre repas mais dormi sous nos tentes montées à côté. Dans l’après midi, une brusque et très forte rafale de vent a arraché la moitié des piquets qu’il a ensuite fallu rechercher jusque dans les arbres. La Patagonie est connue pour la violence de ses vents ; pourtant, nous n’en avons eu qu’exceptionnellement dans la suite du circuit ! En particulier le lendemain, lors du franchissement du paraît-il bien nommé col des Vents, nous n’avions pas un souffle d’air !

Franchissement du (très mal nommé) col des Vents, le 15 novembre 2012

Le sentier était assez encore désert ce jour là. Nous avons longé l’« arrière » du massif du Paine dont on pouvait apercevoir quelques sommets aux noms métaphoriques : l’Écu, la Cathédrale… Nous avons même pu distinguer le Paine Grande (3 050 m), le point culminant du massif, recouvert de glace et très souvent dans les nuages. D’après notre guide, nous avions de la chance.

L’« Écu », le 15 novembre 2012

Certains sommets (en particulier l’Écu) mélangent deux couleurs de roches : un granite de couleur claire et des roches sédimentaires plus sombres. C’est caractéristique du massif du Paine, où le granite a affleuré entre deux couches de roches sédimentaires (voir notamment les Cornes à la fin du séjour).

Après le col des Vents qui est en fait un faux col, le sentier suit très longtemps un parcours en balcon au-dessus de la vallée du rio Paine, ne gagnant le bas que très tardivement. La raison est que cette zone est particulièrement marécageuse. Ils sont même dû installer des planches pour éviter qu’on se mouille les pieds (ce qui finit tout de même par arriver…).

Traversée des marais dans la vallée du rio Paine, le 15 novembre 2012

On arrive en fin de journée au refuge Dickson près du lac éponyme, lac dans lequel le glacier du même nom et qui descend de la calotte patagonienne vêle des icebergs. Ce glacier se trouve d’ailleurs en Argentine, la frontière passe donc à proximité. Le refuge Dickson est un endroit vraiment très agréable : à la fois magnifique avec le lac et le glacier d’un côté, le massif du Paine de l’autre ; et d’autre part, très préservé, les touristes arrivant jusqu’ici étant assez rares. Le refuge est également très confortable (nous n’y avons certes pas dormi, mais dîné). Seul bémol du lieu, les moustiques qui sont assez virulents.

Le camp, le lac et le glacier Dickson, le 15 novembre 2012

La tyrolienne qui franchit le lac sert en fait au ravitaillement du refuge à partir de la route en terre située sur l’autre rive. Personne dans notre groupe ne s’est montré volontaire pour l’essayer…

Nous étions en avance, nous avions du temps (avant le dîner et la douche !) pour une petite promenade sur les rives du lac.

Iceberg sur le lac Dickson, le glacier du même nom en arrière-plan (15 novembre 2012)

Le coucher de soleil est magnifique à cet endroit. Il a eu lieu bien après le dîner (les jours sont longs à cette saison et sous ces latitudes !).

La falaise de l’« Écu » vue du refuge Dickson au coucher du soleil (15 novembre 2012)

 

Le lac et le glacier Dickson au coucher du soleil, le 15 novembre 2012

Le lendemain était une petite étape essentiellement effectuée en forêt. Nous avons en fait entamé la montée en direction du col Gardner (l’objet de la « journée clef » du lendemain).

Forêt patagonienne (16 novembre 2012)

Cette randonnée sylvestre aboutit au lac et au glacier Perros, lequel descend en cascade du massif du Paine. Seule une petite langue glaciaire en relie encore les parties supérieure et inférieure, cette dernière étant donc pratiquement un glacier reconstitué.

Le glacier Perros, le 16 novembre 2012Le lac et le glacier Perros, le 16 novembre 2012

Le camp était situé non loin de là, à nouveau en forêt. Le camp de Perros, le plus isolé du tour du Paine, est seulement gardé par deux gardes forestiers qui n’assurent aucune prestation. Toute la nourriture que nous avons consommée ce soir là a donc été apportée et cuisinée par les deux porteurs qui nous accompagnaient. Nous sommes arrivés tôt à Perros, mais je suis resté dans ma tente tout l’après-midi car j’étais enrhumé et fatigué. Le guide et deux ou trois personnes du groupe ont eu le temps d’effectuer un petit extra consistant (après une éprouvante traversée de torrent !) à monter dans une vallée latérale jusqu’au glacier de Puma (sur lequel ils ont même marché). Ils ont toutefois été un peu déçus car ce glacier est recouvert de pierres.

Renard rôdant autour du camp de Perros, le 16 novembre 2012

La journée suivante était la plus longue et la plus difficile du trek, la fameuse « journée clef » du programme. Dix heures de marche environ, débutant par l’ascension du col Gardner (environ 1100 m d’altitude, 600 m de montée). De l’autre côté, nous dominerions l’immense glacier Grey (qui descend lui aussi de la calotte et qui se jette dans le lac du même nom, presque au niveau de la mer). Après une rude descente en partie recouverte de névés, nous longerions par un long faux plat les berges du glacier, jusqu’à retrouver la foule des touristes au refuge Grey.

Commençons par les photos de la montée au col (nous avons démarré vers 8h30 du matin). Comme on peut le voir, le temps se dégrade sans être toutefois trop catastrophique. Nous sommes très vite sortis de la forêt et avons rencontré des névés qu’il a parfois fallu traverser.

Montée en direction du col Gardner, le 17 novembre 2012

Depuis le col nous avons commencé à apercevoir le glacier Grey, même si ce n’était pas de là que la vue était la plus impressionnante. (Pourquoi ce nom anglais ? mystère. La toponymie de la région du Paine est du reste très cosmopolite, avec même un exemple de nom norvégien, le lac Nordenskjöld).

Le glacier Grey vu du col Gardner, le 17 novembre 2012

 

Descente en direction du glacier Grey, le 17 novembre 2012

Il y avait peu de neige juste après le col, mais cela devait se gâter ensuite. Et ce malheureusement, à un endroit où la pente devenait plus raide. Le sentier était de fait peu praticable sur quelques centaines de mètres. D’ailleurs, son accès était en théorie interdit, mais notre guide qui avait l’accréditation du parc du Paine, était (semble-t-il) habilité à nous emmener ici en dépit de l’interdiction. Toujours est-il que nous avons perdu le sentier, qu’il a fallu ensuite faire une assez longue traversée sur un névé pentu pour le retrouver. Puis, descendre une pente neigeuse de plus en plus accentuée (mais heureusement la neige n’était pas trop dure), le sentier aménagé en marches d’escalier étant peu visible et impraticable. Heureusement cette descente acrobatique n’a duré qu’une trentaine de mètres. Ensuite nous sommes entrés en forêt, où la neige a cessé brusquement et quasi définitivement. Cet épisode est, de très loin, celui que j’ai trouvé le plus éprouvant de tout ce voyage.

Descente vers le glacier Grey, le 17 novembre 2012

Une fois en forêt, la descente continuait, toujours très raide mais sécurisée grâce aux marches d’escalier. Je n’ose imaginer ce qu’il en aurait été s’il y avait eu encore de la neige.

Ensuite a débuté un très long faux plat, en forêt, sur la berge du glacier. Faux plat car l’érosion glaciaire a mis à jour de nombreuses barres rocheuses qu’il est nécessaire de contourner. Les séracs du glacier sont par endroits visibles à travers des trouées dans les arbres, donnant lieu à d’intéressants contrastes.

Le glacier Grey, le 17 novembre 2012Séracs du glacier Grey, le 17 novembre 2012

L’approche du lac donne lieu à des paysages remarquables.

En direction du lac Grey, le 17 novembre 2012Au-dessus du glacier Grey, le 17 novembre 2012

Une toute petite difficulté nous attendait encore sur ce sentier : le franchissement par deux échelles (en montée puis en descente), non d’une barre rocheuse mais des berges friables de deux torrents. Le guide nous a joué un jeu bizarre à propos de ces échelles. L’une d’entre elles figurant en photo dans un dépliant touristique offert par le parc, nous lui avions demandé si son franchissement était prévu au programme de notre circuit. Mais là, au lieu de confirmer, il a d’abord refusé de nous répondre. Puis, comme nous revenions à la charge sans cesse, il a fini par avouer que oui, nous allions bien franchir cette échelle, mais sans nous dire quand ; puis nous avons compris que cela concernait la fameuse « journée clef », mais nous ne savions pas à quel moment. Personnellement, quand je suis arrivé dessus, je l’ai tout compte fait trouvée si peu spectaculaire (par rapport à ce qu’on rencontre régulièrement dans le genre dans les Alpes !) que je suis bien demandé pourquoi il nous avait fait toutes ces simagrées.

L’ÉCHELLE ! (17 novembre 2012)Descente face au vide sur la seconde échelle (17 novembre 2012)

Les vues que l’on a ensuite sur le front de glace, le lac et les icebergs sont vraiment magnifiques. Et en plus, nous avons eu du soleil !

L’un des fronts du glacier Grey, le 17 novembre 2012

Petit cours de glaciologie prodigué par notre guide. Le rocher que l’on voit en face sur cette photo est en fait une île entourée par la glace et par le lac. Scientifiquement cela porte un nom d’origine esquimau, un nunatak. Le nunatak du glacier Grey est apparu il y a quelques décennies ; dans les années 1930 la glace le recouvrait encore entièrement. L’espèce de cratère visible sur certaines photos a été creusé par l’avancée maximale du glacier, en 1937.

Le front du glacier Grey, le 17 novembre 2012

On aura remarqué le bateau de touristes (qui permet de donner l’échelle). Nous nous surprenions à rêver qu’une soudaine collision avec l’iceberg occasionnât un naufrage dont nous aurions été aux premières loges, nous permettant de monnayer nos photos à Paris Match !

Le glacier Grey et ses icebergs, le 17 novembre 2012

Deux camps intermédiaires se trouvent le long de ce sentier sur les hauteurs du glacier, mais (conformément au programme) nous n’y avons pas fait halte afin de trouver le soir un confort tout de même plus conséquent. Le sentier était officiellement ouvert à partir du second camp (nous avons rejoint par l’arrière la pancarte interdisant l’accès) et à partir de ce moment, nous avons commencé à croiser bien plus de randonneurs.

Nous étions quand même bien contents d’arriver au refuge (même si, une fois encore, nous dormions à côté sous la tente).

Demi-journée de repos le lendemain matin pour nous remettre de nos fatigues. Personne dans le groupe ne s’étant montré volontaire pour l’activité de kayak, nous avons fait un petit tour sur les rives du lac Grey afin d’en admirer les icebergs. Le temps était assez mitigé.

Le glacier Grey et des icebergs, le 18 novembre 2012

L’après-midi, une courte étape jusqu’à un autre lac, le lac Pehoe, avec entre les deux le franchissement d’un petit col (270 m, c’est raisonnable !). Ce trajet a surtout été marqué par un vent à décorner les bœufs, qui transformait le moindre petit plan d’eau en mer déchaînée…

Tempête dans un verre d’eau, le 18 novembre 2012

Ce secteur du tour du Paine est celui qui avait souffert des incendies l’année précédente.

Progression dans la forêt brûlée, le 18 novembre 2012

Nous n’avons pas échappé à la pluie au cours de cette étape. Mais comme l’affirmait notre guide (apparemment la méthode Coué avait du bon) : en Patagonie la pluie ne mouille pas ! C’est sans doute du fait du vent. Le soleil en tout cas est vite revenu et nous avons pu apercevoir un joli arc-en-ciel, au moment nous nous approchions des eaux turquoise du lac Pehoe.

En direction du lac Pehoe, le 18 novembre 2012

Cette montagne pointue que l’on aperçoit en perspective s’appelle le Cerro Tenerife. Ce n’est ni un volcan, ni en quelconque rapport avec les îles Canaries.

Le Cerro Tenerife n’est pas un volcan (18 novembre 2012)

Le refuge Pehoé est situé dans un endroit magnifique, au bord du lac Pehoé. On y aperçoit pour la première fois les cornes du Paine. Par contre, le refuge en lui-même est assez désagréable avec son réfectoire (en self-service !) digne d’une cantine d’entreprise. C’est la dernière nuit que nous avons passée sous tente.

Les cornes du Paine vues du refuge Pehoe, le 18 novembre 2012

La soirée a été assez longue au refuge Pehoé. Le guide, comme souvent en pareil cas, nous a prodigué pas mal d’explications, nous parlant notamment du pays où nous nous trouvions, le Chili. En nous parlant notamment du rapport très ambigu que le Chili entretient encore avec l’ancien dictateur Pinochet. Car a contrario de l’Argentine (où la dictature militaire des années 1970 est une période exécrée par à peu près tout le monde), pas loin de la moitié des Chiliens ont une bonne opinion du général Pinochet, lequel eut le mérite, non seulement d’épargner au pays les affres d’un régime communiste à la cubaine, mais également de redresser l’économie. Une vision nuancée qui tranche en tout cas avec l’angélisme et le manichéisme que nos élites gauchisantes entretiennent sur ce sujet comme tant d’autres, qui un peu partout en France font fleurir des boulevards Salvador Allende, le pourtant très controversé opposant de Pinochet.

De là, la discussion a dérivé sur la politique et en général, ce qui m’a permis une fois de plus de constater le hiatus qui existe à ce propos entre mes opinions et celles de la plupart des personnes que fréquente. La soirée s’est échauffée et est à l’origine d’une certaine prise de distance avec ce groupe.

La journée suivante était une très longue étape (24 km d’après mon enregistrement GPS). Elle consistait à gagner une vallée interne au massif du Paine, la vallée dite du Français, ainsi nommé en l’honneur du premier propriétaire de l’estanzia installée dans le parc (son nom était Bader, il devait être alsacien mais vu du Chili ce genre de subtilité n’a pas cours…). La vallée du Français, qui offre les plus belles vues sur les cornes du Paine, se parcourt en aller-retour (c’est la branche centrale du « W » effectué par la plupart des visiteurs du massif). Avantage pour nous : la possibilité de laisser une bonne partie de nos affaires au bivouac (gardé) situé à l’entrée de la vallée, et donc de randonner sac léger. Et également, la liberté pour chacun de faire demi-tour quand il est fatigué.

Nous avons eu la chance de pouvoir visiter cette splendide vallée sous un temps plus que convenable.

Voici d’abord quelques photos prises en quittant le refuge Pehoé. Ce dernier est visible en arrière-plan, on comprend bien qu’il s’agit d’une usine.

Quittant le refuge Pehoe, le 19 novembre 2012

Les premières cornes avec un lac secondaire en premier plan. Également, toujours des fleurs de notros.

En direction des cornes du Paine, le 19 novembre 2012Le glacier du Français descendant du Paine Grande, le 19 novembre 2012

Nous amorçons maintenant la montée (assez rude) dans la vallée, au cours de laquelle les Cornes se dévoilent successivement. Dans l’ordre d’apparition, le Masque, la Feuille, l’Épée, la Forteresse, l’Écu, l’Aileron de requin et enfin la Cathédrale.

La Forteresse et l’Épée dans la vallée du Français, le 19 novembre 2012

Ce trait noir tracé dans la roche sédimentaire ne laisse pas d’intriguer. Il ne s’agit semble-t-il ni d’un câble ni d’une quelconque réalisation artificielle, mais d’une fine couche de roche sédimentaire de couleur différente.

Faisant face aux Cornes, le Paine Grande, point culminant du massif (3 050 m), dont notre guide répétait souvent qu’il est très rarement dégagé.

Le Paine Grande à peu près dégagé, le 19 novembre 2012

Première vision de l’Aileron de requin, alors que nous avons atteint un (relatif) replat.

Première vision de l’Aileron de requin (19 novembre 2012)

Les Cornes visibles sur notre droite au fur et à mesure que nous les dépassons. Sur la première photo, la Feuille, le Masque et la Corne nord.

La Feuille, le Masque et la Corne nord (19 novembre 2012)

Si l’on était en Suisse, j’imagine que tous ces sommets s’appelleraient des machinchosehorn (le Schwerthorn ? le Burghorn ? le Dom ? bon j’arrête).

En progressant encore, on commence à apercevoir la Cathédrale. La Cathédrale se mérite, c’est peut-être pour cela qu’ils l’ont nommée ainsi.

Première vision de la Cathédrale, le 19 novembre 2012

On rappellera quand même que nous l’avions déjà vue.

L’extrémité de la vallée du Français est une muraille quasiment infranchissable. Il y a là un abri (l’abri Britannique, je me disais bien que la perfide Albion ne pouvait sans réagir, du nom de ces mangeurs de grenouilles laisser baptiser une vallée).

L’extrémité de la vallée du Français, le 19 novembre 2012

Bien qu’arrivés au bout du sentier principal, il était encore possible de continuer un peu, en montant à flanc de vallée sur notre droite. Ce que nous avons entrepris (avec seulement une partie du groupe, les autres ayant renoncé auparavant, les uns après les autres). Cette montée permet de bien mieux distinguer la Cathédrale (quoique à contre-jour).

La Cathédrale vue des hauts de la vallée du Français, le 19 novembre 2012

Je n’ai néanmoins pas fait partie de ceux qui sont montés le plus haut. Deux de mes compagnons de voyage (les plus jeunes) avec le guide ont encore continué, sans toutefois atteindre un col. D’après leurs dires, ils n’ont pas véritablement vu grand chose de plus, mais ont par contre rencontré la neige. Quant à moi, j’ai pris ces panoramiques avant d’entamer tranquillement la descente en direction des sacs… jusqu’à me faire rattrapper en trombe par les « têtards » ce qui m’a alors obligé, en pleine descente, à accélérer le pas.

Panoramique du haut de la vallée du Français (on aperçoit la Cathédrale et l’Aileron de requin) ; 19 novembre 2012
L'Épée, la Feuille, le Masque et la Corne nord (panoramique) (19 novembre 2012)
L'Épée, la Feuille, le Masque et la Corne nord (panoramique), 19 novembre 2012

Sur le premier panoramique l’une des montagnes (à gauche de la Cathédrale) a l’air presque transparente ! Il s’agit bien une illusion d’optique et non d’un artefact d’origine informatique.

J’ai photographié au cours de la descente le glacier du Français que j’avais négligé à l’aller (sans doute trop absorbé par l’effort…).

Crevasses du glacier du Français, le 19 novembre 2012

Après avoir récupéré les sacs (en ressentir à nouveau le poids après cette dure journée est quand même assez pénible), il reste un bout de chemin jusqu’au refuge du soir (refuge Los Cuernos). On domine un nouveau lac turquoise, le lac Nordenskjöld, dont j’ai déjà fait allusion à l’incongruité du nom.

Le lac Nordensköld, le 19 novembre 2012

On commence aussi à apercevoir les Cornes sous un nouvel angle. Avec notamment ce fameux col séparant la Corne principale et la Corne est, celui qu’on aperçoit sur le panorama « classique » du massif du Paine (panorama que le déroulement de notre voyage ne nous a pas permis de contempler).

Les cornes du Paine, 19 novembre 2012

Je n’ai pas trop aimé le refuge Los Cuernos. Nous y sommes arrivés tard alors qu’il était déjà bondé, et il nous restait à peine une demi-heure pour nous doucher avant l’heure du repas. J’ai horreur qu’on me fasse stresser comme ça. Ledit repas en deux services comme à Tracuit, et nous étions du premier. Et puis, on nous avait « vendu » le fait que nous dormirions cette nuit là dans le bâtiment en dur et non sous tente. Manque de pot, le refuge étant plein, nous avons dû nous rabattre sur l’une des tentes gonflables en forme de dômes installées à proximité par l’équipe du refuge. Certes c’était aménagé, il y avait des lits (superposés) à l’intérieur, mais c’était quand même une tente dont la toile me tombait sur la figure. Mais j’ai quand même échappé au pire. Après le repas, mes compagnons de route, plus jeunes que moi et qui n’étaient visiblement pas fatigués, avaient envie de jouer aux cartes, et ont été à deux doigts de le faire dans la tente. J’ai protesté, ils y ont renoncé en maugréant et ont finalement pu se rabattre sur le réfectoire après la fin du deuxième service, mais je l’ai échappé belle !

Il restait une étape complète (plus un petit résidu) avant de boucler le tour du Paine, et une fois n’est pas coutume, nous l’avons démarrée aux aurores : petit déjeuner à 7h du matin avant que le gardien du refuge ne soit levé, le repas ayant été préparé dans des thermos. La raison de cette empressement inhabituel était la météo : une dégradation était annoncée pour le milieu de l’après-midi, et nous devions nous dépêcher afin de pouvoir admirer avant les tours du Paine (il s’avère que les prévisions météo dans le secteur sont assez fiables). Or, l’étape était assez longue avant d’arriver au belvédère des Tours.

Le début du trajet est magnifique, dans la continuité de l’étape de la veille. Nous avons longé le lac Nordenskjöld tout en passant en-dessous des cornes du Paine.

Au-dessus du lac Nordenskjöld, le 20 novembre 2012

 

Les cornes du Paine, le 20 novembre 2012Le col entre la corne principale et la corne est, le 20 novembre 2012

Nous avons un temps quitté le parcours normal du tour du Paine pour un raccourci. L’objectif était de gagner plus rapidement le refuge El Chileno, et de là le belvédère des Tours. Cet itinéraire monte pas mal, je me demandais d’ailleurs bien pourquoi jusqu’à comprendre que c’est pour surmonter un verrou glaciaire. Le guide était devant et avançait au pas de charge, j’avais du mal à suivre. L’arrivée du mauvais temps était tout de même assez évidente.

Nous ne nous sommes pas attardés au refuge, mais nous y avons tout de même pu accéder aux dortoirs et y déposer les affaires dont nous n’avions pas besoin. J’ai récupéré un lit en hauteur dont l’accès était particulièrement périlleux, installé sous le faîte du toit bien plus haut que tous les autres. Mieux vaut ne pas être somnambule (je regrette de ne pas avoir fait de photo). Il y a quand même un gros avantage à dormir là, quand comme moi on va se coucher avant le groupe : on s’y endort et on ne se rend pas compte du moment où les autres se couchent à leur tour !

Le refuge El Chileno, le 20 novembre 2012

Après ce bref arrêt, montée au pas de charge jusqu’au belvédère des Tours. Avec tout de même une halte déjeuner de dix minutes. Détestant repartir sans avoir terminé mon repas, j’ai laissé les autres aller devant (pour quand même monter ensuite d’un rythme soutenu). Je suis arrivé au belvédère dix minutes après eux, j’ai pu faire des photos des tours dégagées (et même avec un rayon de soleil !) ; mais je reconnais que c’était quand même assez juste.

En direction des tours du Paine, le 20 novembre 2012

Les trois tours du Paine s’appellent respectivement tour Agostini, tour centrale et tour nord ou Monzino. Elles furent pour la première fois gravies dans les années 1960 au terme d’une lutte acharnée entre alpinistes italiens et anglais : malheureusement et contrairement au Fitz Roy, notre pays était totalement hors jeu. Et ce sont les Anglais qui ont gagné, même si les Italiens ont sauvé l’honneur.

Les trois tours du Paine photographiées avant que les nuages ne les cachent (20 novembre 2012)Les trois tours du Paine (tour Agostini, tour centrale et tour nord ou Monzino), le 20 novembre 2012

Après une pause devant les tours (avec entre autres une photo de groupe qui ne méritera pas de rester aux annales), nous sommes retournés au refuge en prenant notre temps (et nous y étions très tôt dans l’après-midi). Le mauvais temps est venu bien après mais pas qu’un peu : des trombes d’eau comme nous n’en avions pas vu depuis le début de notre séjour, accompagnées de rafales de vent. Les gens dehors étaient trempés en trente secondes, nous étions vraiment contents d’être à l’intérieur.

Mais le lendemain quand nous nous sommes éveillés, il y avait une autre sorte de surprise au dehors.

Au réveil c'est tout blanc ! (21 novembre 2012)

Cette neige tombée pendant la nuit ne devait pas tenir plus d’une heure après l’aube.

Pour cette dernière journée de randonnée, il ne restait qu’une petite heure de descente (un parcours que certains touristes font à dos de cheval). Et puis, sur les cent derniers mètres, une toute petite réjouissance : cette passerelle suspendue, qui faisait toutefois pâle figure à côté des ponts himalayens.

Dernière descente avant de reprendre le bus, 21 novembre 2012

Nous avons retrouvé le minibus là où nous avons rejoint la route, mais ce n’était pas exactement au refuge de Las Torres d’où avait démarré le trek. Six cents mètres environ (à plat) manquaient pour véritablement boucler le tour du Paine. Quelques uns parmi nous, les plus fanatiques, auraient voulu les parcourir à pied, mais le guide a prétexté un manque de temps pour s’y opposer.

La laguna Azul de pH 9,2, 21 novembre 2012

La suite de la journée s’est donc déroulée dans le minibus, où, après un bref crochet par la laguna Azul (ci-dessus), paraît-il caractéristique par son pH de 9,2, nous avons rapidement rejoint l’itinéraire de l’aller que nous ensuite avons suivi (pauses comprises) jusqu’à Calafate. Avec tout de même, de la part de notre guide, une petite animation totalement inattendue. Certaines personnes ayant ouvertement émis le souhait de dormir dans le véhicule plutôt que d’écouter ses explications (est-ce que cela l’a vexé ? je n’en sais rien), il a choisi d’exaucer leur vœu en branchant sur l’autoradio ce qu’il estimait convenir le mieux : une sélection de musique classique. Cela permettrait aussi, disait-il, de nous initier à un genre auquel il nous pensait étrangers, ce qui n’est malheureusement et dans la plupart des cas pas faux en ce qui concerne sa clientèle. Donc, insertion du disque laser qui contenait un pot-pourri des tubes les plus célèbres de la musique classique, le l’Adagio d’Albinoni à Mozart (la Petite musique de nuit mais aussi le Laudate dominum des pres Solennelles) en passant par la Truite de Schubert. Tout cela allait très bien, sauf que la sélection contenait aussi… du Wagner ! Le prélude de Lohengrin en l’occurrence, très adapté quand il débute pianissimo sur les harmoniques des violons divisés, un peu moins lorsque les cymbales viennent soudainement appuyer le leitmotiv du Graal déclamé aux trombones. Bref, c’en était fini de la sieste, et l’action précipitée du copilote sur le bouton volume de l’appareil venait trop tard. L’histoire ne dit pas si notre accompagnateur a pu profiter de son audience désormais éveillée pour reprendre sa conférence.