Cordillère Royale et Amazonie

Bolivie : cordillère Royale et Amazonie

J’ai effectué au cours de l’été 2008 mon second voyage en Bolivie. Laissant de côté les sites exceptionnels (mais pour moi déjà vus) du salar d’Uyuni et du Lipez, ce voyage était consacré à la région de la capitale La Paz : une visite de l’altiplano et du lac Titicaca, un trek en haute altitude dans la cordillère Royale, et pour terminer trois jours en Amazonie. De ce fait ce voyage n’est pas le plus extraordinaire que j’aie fait : les quelques sites archéologiques du lac Titicaca ne valent pas, et de loin, ceux du Pérou ; et la partie amazonienne du voyage, peu authentique, m’a plutôt déçu. Cela étant, la ville de La Paz, mégapole bâtie au pied des glaciers près de 4000 mètres d’altitude, est vraiment à voir ; la Cordillère Royale est également très belle même si les paysages ressemblent au Pérou. Et puis ce voyage vaut par l’immersion dans le pays indien ; sans compter, ce qui n’était pas prévu, la remontée en véhicule depuis l’Amazonie jusqu’à La Paz, journée très éprouvante mais expérience inoubliable.

Ce voyage commence comme il se doit pas un très long trajet en avion. D’abord un Paris-Caracas par Air France (au retour, nous aurons droit à un entretien personnalisé afin de s’assurer qu’on ne ramène pas de la drogue) : 9 heures de vol. Puis encore 4 heures jusqu’à Lima et enfin deux heures pour La Paz où nous arrivons en pleine nuit. L’aéroport de La Paz est l’un des plus hauts du monde : 4100 mètres. On sent l’altitude quand on arrive mais pas au point de tomber malade immédiatement. Après avoir récupéré les bagages (sauf pour deux malchanceux du groupe qui ont dû attendre trois jours), on est conduits en minibus au centre-ville qui est situé à « seulement » 3600 m d’altitude. On respire !

Panorama de la ville de La Paz, le 12 août 2008

Néanmoins la nuit n’est pas très bonne et l’acclimatation mettra du temps à se faire. Nous n’avons passé que quelques heures à La Paz au début du voyage (à se reposer plus qu’à visiter la ville…), et j’ai pris assez peu de photos des rues (notamment parce que je craignais en ville les vols à la tire). La plupart de ces clichés ont été pris au milieu du voyage, après le trek dans la Cordillère et avant l’Amazonie. La ville de La Paz est construite dans une cuvette au pied de la cordillère Royale (et notamment de l’Illimani, 6480 m, que l’on peut apercevoir à la droite du panoramique précédent). Particularité de cette ville, les quartiers plus riches (que je n’ai pas vus, d’ailleurs) sont construits plus bas tandis que les pauvres habitent en hauteur, sur l’Altiplano. En fait la banlieue pauvre qui s’appelle El Alto a tellement grossi qu’elle constitue maintenant une ville à part entière. La Bolivie est le seul pays d’Amérique du sud où les Indiens (quechuas et aymaras) sont majoritaires. Lorsque j’ai effectué mon voyage, le pouvoir était depuis peu détenu par l’Indien Evo Morales qui avait entrepris de réformer la constitution. Un référendum (que Morales a par la suite gagné) allait être organisé à ce sujet et nous étions en pleine campagne électorale. J’ai été très surpris à ce sujet de la différence d’ambiance entre La Paz et l’Amazonie. À La Paz, on pouvait voir sur tous les murs des inscriptions pro-Morales (Evo Si!), il était clair que la population le soutenait à fond. Rien de tel par contre en Amazonie où il semblait bien que Morales n’était pas perçu de la même façon.

L’église San Francisco dans le centre de La Paz, le 30 juillet 2008

Nous avons donc quitté La Paz vers l’Altiplano puis le lac Titicaca. On commence par traverser le faubourg d’El Alto, puis on roule sur le haut plateau pendant des kilomètres. Le paysage est aride (très peu d’arbres) et assez monotone, mais on peut apercevoir sur la droite l’enfilade de sommets de la cordillère Royale : parmi eux le Huayna Potosí (6088 m), le Condoriri et l’Illampu (6362 m), qui est situé à l’extrémité de la chaîne et au pied duquel nous démarrerons notre trek dans quelques jours.

Le lac Titicaca, situé à 3812 mètres d’altitude, est le plus grand lac d’Amérique du sud en volume et le plus haut lac navigable du monde. Il ressemble à une mer et est parfois balayé par de véritables tempêtes. Ses eaux se déversent dans le rio Desaguadero mais ne rejoignent jamais la mer. Le lac Titicaca est partagé (quasiment à part égales) entre le Pérou à l’ouest et la Bolivie à l’est. Le lac est par ailleurs divisé en deux bassins (le bassin mineur au sud et le bassin majeur au nord) par la péninsule de Copacabana, qui est rattachée à la rive péruvienne mais qui se trouve en Bolivie. Cette presqu’île est séparée de la rive est (bolivienne) par un détroit peu profond et d’à peine quelques centaines de mètres de large, le détroit de Tiquina.

La cordillère Royale vue des rives du lac Titicaca (30 juillet 2008). Vue (sous réserve) sur le Calzada (5843 m, double montagne à gauche), puis le Chearoco (6104 m) et le Chachacomani (6074 m, large montagne avec le glacier plat).

Nous avons abordé le lac par les rives du bassin mineur (photos ci-dessus) avant de traverser le détroit de Tiquina. Pour cette traversée il n’existe aucun pont. Ce ne serait pourtant pas difficile d’en construire un, mais les bateliers de San Pedro de Tiquina font pression pour qu’il n’y en ait pas. Donc on traverse le détroit sur de petits bateaux, en séparant les véhicules (qui embarquent sur des barques à fond plat) des passagers.

Embarquement du bus pour traverser le détroit de Tiquina, le 30 juillet 2008

Il paraît qu’à chaque solstice d’hiver est organisée une course traversant le détroit de Tiquina à la nage (malgré la température de l’eau !).

À quelques kilomètres de Tiquina se trouve la petite ville et de le sanctuaire de Copacabana. Un nom qui est bien en rapport avec la célébrissime plage brésilienne, mais pas dans le sens qu’on l’on imagine. Le sanctuaire de la Copacabana bolivienne et sa sculpture de la Vierge sont en effet (et ceci depuis plusieurs siècles) très célèbres dans toute l’Amérique du sud ; de ce fait une réplique de la statue fut construite dans une église de Rio de Janeiro qui donna finalement son nom au quartier. La Vierge noire de Copacabana (sculptée en 1580) demeure très vénérée par les indiens aymaras de la région, et attire les pèlerins de toute la Bolivie ainsi que du Pérou. Les rites catholiques sont ici mélangés avec des restes de religion inca (vénération de la Pachamama). On notera certains rites un peu étrange comme le baptême des véhicules

Crucifix devant le sanctuaire de Copacabana, le 30 juillet 2008La Vierge Noire de Copacabana (30 juillet 2008)

Le pape Jean-Paul II en visite en Amérique du sud il y a quelques années, aurait bien voulu bénir la Vierge de Copacabana, mais son état de santé lui interdisait de monter si haut en altitude. Et les indiens ont refusé que la statue soit déplacée du sanctuaire.

La nuit à Copacabana a encore été assez difficile (je n’ai pour ma part quasiment rien mangé). Mais cela s’est ensuite amélioré. Nous avons consacré la journée et demie suivante à des visites culturelles (avec aussi de la randonnée facile). Nous avons tout d’abord quitté Copacabana en bateau pour nous rendre dans l’île du Soleil, une île assez vaste et encore habitée du lac Titicaca.

Copacabana au petit matin, le 31 juillet 2008

C’est dans l’île du Soleil et dans sa voisine l’île de la Lune, que se situe le berceau culturel de la civilisation inca (même si les plus grandes réalisations inca se trouvent plus au nord, à Cuzco et au Machu Picchu). En fait, la plupart des techniques de construction inca que nous connaissons (les murs cyclopéens, etc.) viennent d’une autre civilisation qui s’était développée antérieurement dans la région du lac Titicaca, la civilisation tiwanaku. D’ailleurs, les Indiens du coin ne parlent pas le quechua mais l’aymara qui est reliée à la civilisation tiwanaku.

Nous avons commencé la visite de l’île par le palais de Pilkokaina, d’époque inca. Je n’ai pas à vrai dire retenu grand chose de cette visite qui ne m’a pas subjugué.

Les ruines de Pilkokaina sur l’île du Soleil, le 31 juillet 2008.

Ensuite nous avons traversé l’île à pied de part en part, essentiellement par les crêtes. Première randonnée de ce voyage, alors que nous n’étions encore guère acclimatés ; mais cela s’est avéré moins dur que je ne l’avais craint. L’île est habitée par les Indiens de langue aymara, on traverse donc plusieurs villages, avec aussi pas mal de touristes (des touristes assez souvent français d’ailleurs malgré l’éloignement du pays, mais c’est souvent le cas sur les sentiers de randonnée de par le monde). L’île est assez dénudée (à la manière des îles grecques…) ce qui rend les paysages parfois un peu monotones, mais jamais inintéressants. D’autant qu’on peut apercevoir, dans le lointain, les sommets enneigés de la cordillère Royale.

La cordillère Royale vue de l’île du Soleil, le 31 juillet 2008

À l’extrémité ouest de l’île se trouve un autre site archéologique, le « labyrinthe » de Chinkana (ainsi que la Roca Sagrada, la roche sacrée) : une pierre aux sacrifices que l’on peut sans doute rapprocher de celle du Machu Picchu.

Le « labyrinthe » de Chinkana dans l’île du Soleil, le 31 juillet 2008

Après la visite (qui ne m’a guère convaincu je dois le reconnaître) nous avons passé la nuit dans l’un des villages de l’île, Challapampa, doté d’une plage et d’un port un peu surréalistes !

Challapampa dans l’île du Soleil, le 31 juillet 2008

Nous avons visité le lendemain la seconde île du lac Titicaca, l’île de la Lune. Beaucoup plus petite que l’île du Soleil, aujourd’hui inhabitée (elle a toutefois servi de prison pour opposants sous la dictature bolivienne dans les années 1960), elle contient elle aussi les restes d’un sanctuaire d’époque inca. Même si ce site, à l’instar de ceux visités précédemment, n’arrive pas à la taille de ceux du Pérou, c’est le seul où l’on trouve l’un de ces murs cyclopéens si caractéristiques des vestiges sud-américains.

Mur cyclopéen dans l’île de la Lune, le 1er août 2008

Après cette visite, nous avons repris le bateau pour une traversée plus longue (deux heures de bateau), le but étant de rejoindre directement la rive orientale du lac, où un bus devait nous attendre pour nous emmener ensuite vers la cordillère. La traversée s’est bien déroulée, les eaux était calmes mais nous avons quand même eu une petite frayeur à un moment quand le moteur s’est mis à toussoter avant de s’arrêter complètement. Heureusement le batelier a su le dénoyer.

Vue sur la cordillère Royale pendant la traversée du lac Titicaca, le 1er août 2008

Les eaux du lac Titicaca : n’est-ce pas le seul endroit au monde où l’on peut ressentir au même moment le mal de mer et le mal des montagnes ?

L’arrivée a également été un peu épique. Car il n’y avait aucun port à cet endroit, il a fallu trouver une plage pour débarquer. Après quelques hésitations du batelier nous avons accosté tant bien que mal puis débarqué les bagages que nous avons péniblement hissés sur la rive (des conditions qui n’étaient pas sans me rappeler mon voyage au Groenland). Mais là pas de chance, le car nous attendait quelques centaines de mètres plus loin ! Et apparemment, le plus simple était encore de tout réembarquer pour aller accoster plus près…

Après le pique-nique, nous avions une demi-journée de route jusqu’à la cordillère. Et une surprise de taille nous attendait au cours de ce trajet : dans tous les villages que nous avons traversés (Ayllata, Achacachi…), nous avons trouvé les Indiens rassemblés sur la place centrale, le plus souvent en costume traditionnel, pour une fête avec fanfares et danses (et aucun touriste pour voir cela !). Apparemment le 1er août est jour de fête pour les Indiens. Sauf que ce n’est mentionné dans aucun guide touristique, et que personne ne nous avait prévenus !

Fête à Warizata, le 1er août 2008

Le bourg de Warizata était plus important que les villages précédemment traversés. De même pour sa fête, aussi sommes-nous descendus du bus pour voir cela de plus près.

Fête à Warizata, le 1er août 2008

Nous avons ensuite quitté l’Altiplano pour la cordillère Royale. Avec pour commencer le franchissement d’un col à 4200 m environ (aucun nom ne lui est attribué sur les cartes que je possède), offrant une exceptionnelle vue sur les deux sommets formant l’extrémité ouest de la cordillère Royale, l’Illampu (6421 m) et l’Ancohuma (ou Jankhouma, 6427 m).

L’Illampu (6421 m) photographié du col séparant Sorata de l’Altiplano, le 1er août 2008

Ici un panoramique pris d’un peu plus loin (le Jankhouma n’est plus du tout vu sous le même angle).

Photo panoramique de la chaîne de l’Illampu et du Jankhouma, prise au cours d’une halte sur la route descendant à Sorata, le 1er août 2008

Après ce col, nous avons entamé une vertigineuse descente jusqu’à Sorata, le point de départ de notre trek situé à seulement 2700 m d’altitude. Ce versant descend en direction de l’Amazonie, et déjà à Sorata l’ambiance tropicale se fait ressentir. L’architecture de Sorata, en particulier sur sa place centrale et son église, n’est pas dénuée d’intérêt. 

Sorata, le 2 août 2008Une ruelle en pente à Sorata, le 2 août 2008

Le trek a débuté par une journée de montée ardue : départ à 2700 m, arrivée 4200 m ! Rien de tel sans doute pour parfaire son acclimatation. Nous avons commencé la montée dans des paysages bucoliques, traversant plusieurs villages (ici Exhda Quilambaya, 3372 m) avec la vue sur l’Illampu en toile de fond.

Le village d’Exhda Quilambaya (3372 m) et l’Illampu (6368 m) en toile de fond, le 2 août 2008

Après un passage un peu plus escarpé sur l’heure de midi (là se trouvent des mines désaffectées, et nous empruntons les anciens sentiers d’accès), nous avons atteint une zone plus élevée et plus minérale. Nous traversons un dernier village (Lakhatia), notre camp se trouve — en principe — encore un peu plus haut, au bord d’un lac et face à l’Illampu. L’endroit est magnifique.

L’Illampu (6368 m), au centre, et le pico Schulze (5943 m) à droite, au-dessus de Lakhatia le 2 août 2008

Problème : nos bagages sont censés nous rejoindre transportés par des mules. Mais nous n’avons pas aperçu l’ombre d’une mule de la journée ! Le temps passe, la nuit approche et toujours rien. Alors nous commençons à nous inquiéter. Peut-être que nos accompagnateurs n’auraient pas réussi à recruter des mules ! Il est vrai que nous n’avions pas vu beaucoup d’habitants (et aucune mule !) dans les villages que nous avions traversés. Alors plusieurs de mes compagnons de voyage ont émis la folle idée de redescendre les 1500 mètres que nous venons de monter pour la seule satisfaction de pouvoir « prendre une douche » (puis rattraper l’étape du lendemain en 4×4, c’était possible). J’ai tout fait pour essayer de les en dissuader, émettant par exemple l’idée de se faire héberger au village voisin de Lakhatia, mais rien à faire. Le fait que nous n’avions pas nos frontales et qu’il allait falloir marcher dans le noir (avec un passage assez aérien au milieu !) ne semblait pas les gêner. (J’avais en outre déjà eu une semblable expérience un premier soir de trek, c’était au Tadjikistan, et les mules quoique en retard avaient bel et bien fini par arriver). Ça a été mon premier heurt avec ce groupe et non le dernier… D’autant que notre guide (un bolivien « francophone » qui se faisait appeler Charlie), qui normalement aurait dû être décisionnaire, préférait visiblement éviter de faire des vagues et se ranger à la majorité.

Donc à mon grand regret, nous avons entamé la redescente alors que le soir commençait à tomber. Mais alors que nous arrivions au-dessus de Lakhatia, il m’a semblé distinguer de nombreuses silhouettes en haut d’une crête au-dessus du village. J’ai appelé le guide et fait stopper le groupe : oui c’étaient bien nos mules qui pour éviter les passages escarpés arrivaient par un autre chemin (un détail que le guide ignorait d’ailleurs). Elles nous ont rejoints au bout d’une demi-heure, le plus dur a ensuite été de reconnaître nos bagages à tâtons, y retrouver nos frontales puis enfin monter les tentes, ce que nous avons pu faire à l’endroit même où nous nous trouvions. Tout s’est donc bien terminé, mais on peut dire que nous l’avons échappé belle !

En tout cas c’est heureux que nous n’ayons pas « zappé » la journée suivante, car le col que nous avons franchi, le col Illampu (4750 m), était l’un des plus beaux de ce trek, offrant un point de vue magnifique sur la montagne éponyme (ou en tout cas son massif). Même si la montée pour rejoindre ce col était soutenue…

Le Pico del Norte (6070 m) vu depuis le col Illampu (4741 m), le 3 août 2008

En comparaison la fin de la journée (ainsi d’ailleurs que les jours qui ont suivi) s’est avérée bien moins enthousiasmante, avec la redescente sur un versant particulièrement austère. Et ce, jusqu’à rejoindre un village (Ancoma ?) près duquel nous avons campé (à côté d’un torrent). Ce sont les gamins du village, réquisitionnés par les porteurs, qui ont monté nos tentes.

Descente du col Illampu, le 3 août 2008

Cette photo du pico del Norte (un contrefort de l’Illampu), prise le lendemain au petit matin, sera notre dernière vision des hauts sommets de la cordillère Royale avant plusieurs jours (en fait, il faudra quasiment attendre la fin du trek).

Le pico del Norte, au petit matin le 4 août 2008

Ce jour là, nous avons fait l’ascension d’un col en pente douce (dans une vallée sans guère d’intérêt…), le col Khorawasi (environ 4550 m). Au cours de la descente, beaucoup plus raide, nous avons rencontré des paysans qui pratiquaient la culture sur brûlis. En bas du col, à 3500 m (l’un des points les plus bas de notre trek !) se trouve le village minier de Cocoyo. La mine se trouve sur une pente à plusieurs centaines de mètres au-dessus du village. Nos accompagnateurs locaux ont été incapables de nous préciser quel minerai est extrait de cette mine : de l’étain, du salpêtre ? Les discussions à ce sujet sont allées bon train dans le groupe). Ce qui est sûr ce que le village a l’air très pauvre et la mine semble n’en enrichir que quelques habitants (cela se voit à leurs 4 × 4).

Montée vers le col Khorawasi, le 4 août 2008

L’étape du lendemain a également été assez peu intéressante : un temps mitigé, pas beaucoup de belles montagnes au-dessus de nous ; et puis surtout, la présence d’une route non asphaltée en construction qui gâchait le terrain. Il va falloir que Terdav revoie son itinéraire de trek !

Montée vers le col Sarani, le 5 août 2008

Il n’y qu’au camp du soir (où nous sommes d’ailleurs arrivés très tôt) que le cadre était plus agréable. (Nous aurions dû faire une balade supplémentaire l’après-midi, mais il n’en a nul été question). Ce camp était à 4200 m d’altitude, ce qui n’a pas empêché quelques courageux d’aller se laver dans le torrent voisin. Pour ma part j’ai attendu la fin du trek…

Le camp de Charolpaya, le 5 août 2008 (vue sur le Calzada 5650 m)

La journée suivante m’a heureusement plu davantage : nous avons franchi un col assez élevé, le col Negruni (entre 4900 m et 5060 m selon les sources), le tout dans un paysage minéral et une ambiance de haute montagne. Le col est paraît-il très souvent enneigé, mais ce n’était pas le cas à ce moment là.

Montée en direction du col Negruni, le 6 août 2008

Après cette rude montée, l’après-midi a été beaucoup plus facile avec d’abord un pique-nique, puis une descente en pente douce dans le vallon du rio Chiguini. Sur la photo, la cuisinière indienne qui nous accompagnait pendant tout ce trek.

Pique-nique dans le vallon du rio Chiguini, le 6 août 2008

Le camp (où nous sommes arrivés assez tard) se situait au bord d’un lac, dans un endroit assez agréable.

Le camp du rio Chiguini, le 6 août 2008

L’étape suivante était très courte (une demi-journée), ce qui valait mieux car le temps s’est brusquement dégradé. Avec la montée très rapide et particulièrement impressionnante d’un nuage de neige. (En outre nos mules sont arrivées très en retard et nous avons eu beaucoup de mal à nous abriter pour les attendre, les habitants d’un village voisin nous ayant catégoriquement refusé l’hospitalité).

Troupeau de lamas et de vaches mélangés, le 7 août 2008

Et la journée suivante a été pour moi encore pire, puisqu’une indisposition m’a obligé (pour la première fois !) à effectuer l’étape sur une mule. Il m’eût été absolument impossible sans cela de franchir le col à 4900 m qui était au programme. En outre, en cherchant à remonter sur la mule après la pause de midi, j’ai glissé sur une plaque de neige et suis tombé sur les côtes. Je n’ai rien eu de cassé mais j’ai conservé des douleurs pendant plusieurs mois, et j’ai certainement échappé de peu à l’évacuation en 4×4 (qui était possible à cet endroit). J’ai évité d’ébruiter cet épisode auprès de mes compagnons de voyage qui n’y avaient pas assisté.

En tout cas je n’ai pris aucune photo de toute cette journée (où le temps était resté maussade), et n’en ai pas pris non plus d’enregistrement GPS. Mon état s’est heureusement amélioré après la nuit et j’ai pu continuer le trek normalement. Et le temps lui aussi est revenu au grand beau ! Et nous avons eu de la chance car il s’agissait d’une grande étape, au cours de laquelle nous allions franchir la ligne de partage de la cordillère (et donc repasser du côté altiplano), au niveau du col de Cumbre Mollo à presque 5000 m d’altitude. Puis, effectuer une très longue descente jusqu’à lagune de Khotia, à environ 4600 m. Malheureusement cette longue étape devait en presque totalité être effectuée sur une piste carrossable. Accessoirement, le clebs de bergers établis près du camp du matin nous a suivis toute la journée parce qu’un membre de mon groupe avait eu la géniale idée de le caresser (dans ces cas pas moyen de s’en débarrasser ! C’est souvent une plaie en randonnée — en particulier en France d’ailleurs — et je n’ai jamais pu trouver (sur Internet) des conseils utiles à ce sujet.)

En outre, nous devions à partir du camp du soir retrouver une (relative) affluence touristique.

Voici d’abord deux vues du col de Cumbre Mollo (encore dans une ambiance de haute montagne, même si la neige est fraîche).

Franchissement du col de Cumbre Mollo (env. 5000 m), le 9 août 2008

Pendant la redescente, nous avons un temps quitté la piste carrossable pour un sentier muletier que notre guide disait dater de l’époque des Incas. Il paraît qu’il reste encore pas mal de ces « sentiers incas » dans la montagne. Ici le sentier était à peine visible sous la couche de neige fraîche, mais notre guide a fait la trace sans problème. Sur les photos, on distingue également la lagune de Jankocota près de laquelle nous avons pique-niqué.

Vue vers l’altiplano, en descendant du col de Cumbre Mollo le 9 août 2008

Enfin quelques photos prises pendant la fin de la journée, assez fastidieuse. Nous avons contourné les lagunes par les hauteurs, empruntant la piste carrossable.

Vue (sous réserve) sur le Negruni (5368 m), le 9 août 2008

Il ne restait plus que deux étapes à parcourir avant de terminer ce trek. Ces deux étapes, effectuées sur le versant Altiplano dans un environnement très minéral, sont celles que j’ai trouvées les plus belles. Mais, revers de la médaille, c’était aussi la partie la plus touristique, une demi-douzaine d’autres groupes suivant le même itinéraire (alors que jusqu’ici nous étions seuls).

Vue depuis le sentier en balcon sur le Pakokiuta (5589 m) et sur la laguna, le 10 août 2008

(Ce dimanche 10 août 2008 était le jour du plébiscite en Bolivie. Nos accompagnateurs ne votaient pas, mais notre guide Georges a étouté sa radio portative toute la journée pour se tenir informé des résultats. Finalement Morales l’a emporté avec 60 % des voix, mais avec des rumeurs de fraude électorale.)

Nous avons dans la première matinée traversé de grands plateaux dénudés, dominant directement l’Altiplano (la vue portait très loin et l’on pouvait nettement apercevoir le lac Titicaca).

Arrivée sur un plateau dénudé, le 10 août 2008

Nous avons ensuite traversé plusieurs vallées (ce qui implique un peu de dénivelé…), nous rapprochant à ces occasions des sommets enneigés de la cordillère.

Remontée après la vallée du rio Linco, le 10 août 2008

Ce troupeau de lamas bâtés est très photogénique, mais pas très authentique ! Il s’agissait en fait d’une agence (française) de tourisme, qui avait choisi ce moyen pour transporter les bagages de ses clients. Lesquels ont bien dû s’amuser à fractionner leurs affaires (un lama ne porte pas plus d’une dizaine de kilos). Mais pour les photos, c’est mieux !

Lamas bâtés (10 août 2008)

La plupart des groupes font un camp au bord de ce lac. Mais comme chez Terdav on est des durs, nous nous sommes contentés d’y déjeuner avant d’enchaîner jusqu’au camp suivant !

Lac près du camp intermédiaire, le 10 août 2008

Et pourtant la suite de l’étape n’était guère aisée, avec le franchissement d’un col à 4900 m (le plus haut point jusqu’alors atteint). Et le raidillon final était particulièrement éprouvant, même après dix jours d’acclimatation.

Franchissement d’un col à 4900 m, le 10 août 2008

La montagne que l’on peut voir sur la dernière photo est le Huayna Potosí (6 088 m), l’un des plus belles montagnes de la cordillère Royale, et que nous apercevrons à nouveau les deux jours suivants. D’après notre guide (à qui j’ai fait poser la question aux muletiers, et la traduction a été assez laborieuse), il n’y a pas de rapport entre cette montagne et la ville minière de Potosí (qui se trouve dans une autre région de la Bolivie).

Il nous restait une journée et demie de marche. Avec pour commencer l’étape la plus belle et la plus difficile de ce trek (même si je l’ai personnellement trouvée moins pénible que la précédente), comprenant le franchissement de deux cols à plus de 5000 et un sommet de 5342 m en option (le pico Austria, ou pic des Autrichiens).

Nous avons démarré très tôt, mais ce n’est qu’une fois arrivés au premier col que nous avons pu découvrir le paysage qui allait nous accompagner tout au long de cette journée. Il s’agit de l’une des montagnes les plus célèbres de la cordillère Royale, le Condoriri ; elle n’est pas très haute (5650 m), mais ses trois pics caractéristiques sont très spectaculaires. D’autant que, une fois n’est pas coutume, nous allions pouvoir aller l’admirer de près, la suite de l’itinéraire devant s’aventurer jusqu’aux limites du glacier, pratiquement en haute montagne.

Première vision du Condoriri, le 11 août 2008

Il nous faut ensuite redescendre jusqu’au niveau de la lagune, avant de remonter. C’est ça la montagne !

Après avoir franchi un verrou rocheux en progressant sur la crête de moraine d’un glacier disparu, on se retrouve subitement face à un lac dont on ne pouvait soupçonner l’existence. Les glaciers du Condoriri sont juste au-dessus ! Il n’y a toutefois pas d’icebergs dans le lac.

Le lac glaciaire du Condoriri, le 11 août 2008

La suite de l’itinéraire comprenait un passage d’escalade facile, avec un tout petit peu vide. Rien de bien difficile (même pour moi qui en général n’aime pas trop ça !), mais cela n’a pas empêché certaines personnes du groupe de râler bien plus que de raison, simplement parce que ledit passage n’avait pas été mentionné sur la fiche technique. Ce groupe aura vraiment été, je pense, le plus antipathique de tous mes voyages (cela étant, il est possible que le col d’aujourd’hui n’était pas celui qui avait été prévu).

Le Condoriri et ses glaciers, le 11 août 2008Un peu d’escalade ! (11 août 2008)

La montée jusqu’au col des Autrichiens (5146 m) est ensuite plutôt facile. On domine le lac glaciaire et l’on peut aussi bénéficier de vues rapprochées sur le Condoriri. Et le temps était splendide ! (comme pendant 80 % de ce voyage…).

Arrivée au col des Autrichiens, le 11 août 2008

Nous avons pique-niqué là, et j’ai fait joujou avec le zoom de mon appareil…

Détail du Condoriri, le 11 août 2008

Avec les deux tiers du groupe, nous avons ensuite décidé d’effectuer l’ascension du sommet « facultatif », le pic des Autrichiens (5342 m environ) : le sixième plus haut point que j’aie atteint. Cette montée n’est ni très longue (1h 30 aller-retour à peine depuis le col) ni très difficile, et le panorama en vaut vraiment la peine.

Panorama depuis le pic des Autrichiens (5342 m), le 11 août 2008. De gauche à droite, au-dessus des rochers qui constituent l’épaule du Janchallani et au loin (sous les nuages), le Nevado Piramide (5907 m) à gauche, le Haucana (6200 m) et le Jankhouma (6427 m) ; ensuite à droite de l’épaule du Janchallani, la montagne pointue est le Pakokiuta (5589 m). Toujours vers la droite, une montagne de forme un peu circulaire avec une arête oblique devant, c’est le Chachacomani (6074 m). La montagne qui apparaît plate à droite du Chachacomani est le Jallawaya (5670 m). 
Plus proche de nous ensuite, une montagne avec un sommet neigeux pentu et une corniche qui redescend vers la gauche : c’est le Katanani (5468 m). Les pics sur sa droite font partie du massif du Negruni. Tout à fait à droite, le sommet également neigeux avec une pente de neige face à nous : il fait aussi partie du massif du Negruni, altitude 5868 m, c’est lui qu’on apercevait deux jours plus tôt 
pendant la descente du col Cumbre Mollo. Les montagnes tout à fait à droite n’ont pas été identifiées, avant la pente de neige qui fait partie du Ventanani.
Panorama depuis le pic des Autrichiens (5342 m), le 11 août 2008 (pour le détail des sommets au loin sur la partie gauche, voir le panoramique précédent ; ensuite on trouve bien sûr le Condoriri, puis l’Alpamayo).
Panorama depuis le pic des Autrichiens (5342 m), le 11 août 2008. Vue sur le pic Wyoming (sommet rocheux). Puis viennent le Tarija (5320 m) et l’Alpamayo (5410 m) dont descend le glacier. Ensuite les pics Jawaja (5250 m) et Illusion (5336 m). La montagne visible juste à sa droite et en arrière-plan est le Tikimani (5550 m). La montagne au centre avec le grand névé est le Zongo Jisthaña (5140 m). Ensuite, tout au fond avec de la neige, le Kunatinquta (5336 m). Sur la droite, plus près de nous avec une falaise rocheuse, le Jamal Salto. Le cliché se termine bien évidemment par le Huayna Potosí (6080 m)

Encore quelques photos prises au pic des Autrichiens :

Du pic des Autrichiens (5342 m), le 11 août 2008 (Vue vers la lagune de Chiar Quta. À gauche, les pics Jawaja (5250 m) et Illusion (5336 m). La montagne visible juste à sa droite et en arrière-plan 
est le Tikimani (5550 m). La montagne au milieu de la largeur, avec le grand névé, est le Zongo Jisthaña (5140 m). Ensuite, tout au fond avec de la neige, le Kunatinquta 
(5336 m). Sur la droite, plus près de nous avec une falaise rocheuse, le Jamal Salto. Le cliché se termine bien évidemment par le Huayna Potosí)

La descente du pic puis du col (en direction de la lagune de Chiar Quta sur les rives de laquelle se trouve le camp de base du Condoriri) est très facile. Mais notre accompagnateur, qui connaissait très bien le terrain, nous a fait quitter le sentier pour un versant pentu où il a pu habilement slalomer entre les barres rocheuses. Résultat, nous sommes presque arrivés en même temps que le petit groupe qui n’avait pas fait l’ascension !

Nous avons aperçu plusieurs animaux (viscaches, lamas) pendant cette descente.

Descente du col des Autrichiens, le 11 août 2008

Le soir au camp nous avons eu droit à un menu inhabituel : des truites pêchées dans la lagune de Chiar Quta voisine ! Pourtant, mes charmants compagnons de voyage en ont encore profité pour faire du foin. Le cuisinier avait préparé le poisson à la friture, et cela leur rappelait trop le poisson pané de supermarché. Des fois, c’est vraiment pénible de voyager avec des bobos.

Quant à moi, j’ai achevé cette journée par des essais de photographie nocturne des sommets environnants : une activité à laquelle je m’étais déjà livré au Sahara, mais jamais en montagne.

Photographie nocturne du massig de l’Alpamayo, le 11 août 2008

Il restait une courte matinée de randonnée, jusqu’au lac de Tuni qui est une retenue d’eau pour alimenter La Paz. Un trajet plat, et un paysage un peu monotone à moins de se retourner, les montagnes de la veille restant visibles.

Les rives du lac de Chiar Quta, le 12 août 2008

Les rives du lac de Tuni offrent toutefois une très belle vue sur le Huayna Potosí. Dommage que nous n’ayons pas eu l’occasion d’approcher cette montagne de plus près !

Le Huayna Potosí vu des rives du lac de Tuni, le 12 août 2008

Nous avons passé l’après-midi à La Paz où nous avons parcouru les rues animées du centre-ville (mais je n’ai pris aucune photo, ce que je regrette).

Les trois derniers jours de ce voyage se sont déroulés dans une atmosphère radicalement différente : l’Amazonie. Même si, je dois le dire, ce n’est pas la partie du voyage que j’ai préférée. Nous avons quitté La Paz à 4 h du matin pour aller prendre un tout petit avion, dont les hublots étaient givrés au démarrage tellement il faisait froid. Mais ça ne l’a pas empêché de décoller. Le survol de la cordillère est très spectaculaire, malheureusement la lumière trop faible m’a empêché de prendre des photos valables. Ensuite l’appareil est descendu très rapidement vers l’Amazonie, traversant successivement plusieurs couches de nuages et se faufilant entre les collines (cette portion de l’Amazonie est loin d’être plate) pour finalement, après un ultime virage à 180°,atterrir sur une piste en herbe. Plutôt impressionnant, ce vol !

La ville où nous avons atterri s’appelle Rurrenabaque. Et très franchement, on n’a pas l’impression d’être dans le même pays. D’abord, la température et l’humidité suffocantes (nous ne sommes plus qu’à 200 m d’altitude !). Et puis la population n’est plus la même, beaucoup plus exubérante que les très renfermés Indiens des hauts plateaux.

Une rue de Rurrenabaque, le 13 août 2008

Au programme de la journée : huit heures de pirogue ! C’est très long et assez monotone, d’autant que nous n’avions guère été prévenus de la nature de la journée, et surtout de la durée de ce transfert. Le tout pour rejoindre un « éco-camp » à touristes en pleine nature. Pourquoi avoir été le chercher si loin ? mystère. Ce sont des pirogues assez spacieuses (recouvertes d’une bâche contre la pluie), tout le groupe tient dedans (mais il y avait d’autres groupes de touristes qui naviguaient en même temps que nous, la plupart d’ailleurs se sont arrêtés bien avant, sauf un autre groupe de Terdav). Il y a un mécanicien à l’arrière, et un pilote à l’avant, qui voyage assis sur la proue et se munit d’une grande perche avec laquelle il sonde de temps à autre la profondeur. Lorsqu’un obstacle se présente (en général, un arbre immergé), il le signale au mécanicien par un geste précis, afin que ce dernier puisse l’éviter.

Navigation sur le rio Beni, le 13 août 2008

Nous avons commencé par remonter pendant plus d’une heure le rio Beni, la plus grande rivière de la région (c’est en fait un affluent du rio Madeira, lui-même affluent de l’Amazone). Cette partie de la navigation n’était pas trop difficile, mais était assez spectaculaire car le rio traverse un impressionnant défilé (en fait, l’un des derniers contreforts des Andes). Puis, nous avons obliqué sur un affluent du rio Beni, le rio Tuichi. Et là, les choses se sont corsées car le rio était très peu en eau, les pluies cette saison étant restées assez faibles. À de maintes reprises, le fond de l’embarcation s’est mis à racler les galets, tandis que le mécanicien plaçait en quatrième vitesse le moteur hors d’eau pour le protéger. Là, trois solutions : dès fois la pirogue reculait, puis prenait son élan et arrivait à forcer le passage. Mais souvent, le mécanicien et le pilote, souvent suivis par certains touristes, devaient mette les pieds à l’eau pour pousser. C’était alors très laborieux. Heureusement, dans certains cas, il était possible de débarquer l’ensemble des passagers sur une île et de les reprendre plus loin. Le passage de l’embarcation ainsi allégée était dans ce cas plus facile.

Remontée difficile du rio Tuichi, le 13 août 2008

Alors que cette balade en bateau (!) commençait à devenir vraiment, vraiment, interminable, tout à coup, alors que rien ne laissait le présager, nos bateliers se sont approchés de l’une des rives pour accoster. On ne voyait strictement aucune construction à cet endroit, rien que la forêt. Pourtant le camp était bien là : nous avons fini par deviner, sur la berge à cet endroit très escarpée, les premières marches d’un escalier de terre. Et il était temps car le soleil était en train de se coucher…

Donc nous avons débarqué, et comme la place se faisait vraiment rare sur le rivage, nous avons commencé à gravir les marches sans se soucier d’emporter nos sacs. Après une bonne cinquantaine de mètres d’ascension, nous sommes finalement arrivés à un endroit plat, sur lequel étaient construits de nombreux bâtiments en bois : enfin notre camp ! La répartition des chambres dans le noir (avec l’autre groupe Terdav qui arrivait en même temps) a été plutôt laborieuse.

Mais cette journée commencée très tôt (rappelons le lever à 4h !) n’était pas terminée : nos accompagnateurs nous avaient concocté une balade d’agrément. Pourquoi ce soir même et pas le lendemain, puisque nous devions dormir deux nuits ? Vous allez voir.

Derrière le camp se trouvait une sorte d’étang (la lagune de Santa Rosa), ne communiquant pas avec la rivière Tuichi compte tenu de la différence de hauteur. Au bord de cet étang, un ponton et quelques pirogues : incroyable mais vrai, nous n’avions pas encore assez fait de bateau pour aujourd’hui ! Ces barques là ressemblaient beaucoup aux autres, exceptés qu’elles n’étaient pas couvertes et qu’elles étaient dépourvues de moteur. Le but de la balade : aller observer les caïmans. Car il paraît que les caïmans d’Amazonie ne peuvent être observés que de nuit, sous la forme de deux yeux brillant à la lueur d’une lampe frontale.

Donc, tout le monde dans la barque, en silence, on n’entendait que le bruit du rameur… Nous avons pendant une bonne demi-heure, longé les berges de l’étang (où une végétation très enchevêtrée poussait jusque dans l’eau). Le guide éclairait sous les branchages et semblait parfois nous montrer quelque chose du doigt. Quoi ? Pour ma part je n’ai vu que des racines. Et je crois qu’il en va de même de mes compagnons de voyage.

Mais le pompon de l’histoire, c’est que le lendemain après la randonnée, notre guide nous a proposé de prendre un bain (ce que personne d’ailleurs n’a fait). Et où donc ? Exactement dans le même étang ! Ils sont donc inoffensifs par ici les caïmans ? Quand j’ai posé la question au guide, il a eu l’air très gêné pendant que les autres accompagnateurs se pouffaient de rire. Cette virée en Amazonie fera date comme l’un des pire attrape-touriste qu’on m’ait fait subir en quinze ans de voyages.

 

La journée du lendemain a été consacrée à une balade dans la forêt : 4 heures aller-retour (un peu fastidieux à la longue). La balade a commencé par une traversée en pirogue, diurne cette fois-ci, de la lagune de Santa Rosa. Nous avons pu nous rendre compte qu’une fois chargé tout le groupe, le niveau de l’eau était vraiment très très près du bord (et à ce moment là nous croyions encore aux caïmans…). Nous faisions attention à ne pas trop bouger pendant la traversée.

La lagune de Santa Rosa, le 14 août 2008

Juste avant d’accoster, notre guide nous a fait prendre une précaution un peu étrange : rentrer les bas de pantalon dans les chaussettes. L’inélégance du procédé troublait quelque peu la gent féminine du groupe… Nous avons eu de la peine à comprendre les explications du guide, mais il semble que c’était pour se protéger des sangsues (je crois en effet en avoir vu pendant la randonnée). Ce serait un truc à communiquer aux guides népalais !

Nous avons ensuite commencé à marcher, sur un sentier assez bien aménagé dans la forêt (sans doute à la seule destination des groupes de touristes), mais de nombreux troncs nous obligeaient ça et là de faire un détour. Et le guide qui était devant s’était armé d’une machette. Nous n’avons presque pas vu d’animaux pendant la randonnée (en dehors des oiseaux), mais avons entendu des cochons sauvages qui étaient assez près (et avons furtivement aperçu leur fuite).

Balade en forêt amazonienne, le 14 août 2008

Soudain, le sentier s’est mis à descendre de façon assez raide. Puis nous sommes arrivés dans le lit d’un petit ruisseau qu’il nous a fallu traverser. Donc, enlever les grosses chaussures, traverser tant bien que mal pieds nus (bien sûr le guide s’était bien gardé de nous dire d’emporter nos sandales !) puis les remettre. Et rebelotte au retour, puisque nous allions rentrer exactement par le même chemin.

Petite rivière rencontrée pendant la randonnée, le 16 août 2008

Ensuite notre accompagnateur local nous a donné quelques explications sur les plantes médicinales qu’on pouvait trouver dans la forêt (mais la traduction de notre guide Charlie, qui en plus ne devait pas y connaître grand chose vu que c’était un Indien de l’Altiplano, a été plus que laborieuse). Puis nous sommes arrivés en face d’une rivière plus large, qu’il n’était pas question de traverser. Nous avons donc pique-niqué au soleil avant de faire demi-tour.

Rentrés assez tôt au camp, on nous a ensuite organisé une visite de la plantation de café attenante au camp. Je n’ai pas très bien compris d’ailleurs comment ils avaient le droit de faire du café dans un parc national. Le café est récolté une fois l’an par des saisonniers. Tout ceci est quand même beaucoup plus artisanal (et il faut le dire, bien moins intéressant) que ce que j’avais pu voir en Indonésie un an auparavant, au Kawa Ijen.

Nous avons amorcé le retour le jour suivant. Je me suis levé à six heures pour un lever de soleil assez photogénique. La vue sur le rio Tuichi n’était pas mal non plus.

Lever de soleil sur l’Amazonie, le 15 août 2008

Le retour en pirogue jusqu’à Rurrenabaque a été beaucoup plus rapide que l’aller : seulement trois heures (en excluant la pause) ! Quand on est dans le sens du courant, cela change tout ! Notamment, tous les hauts fonds qui à l’aller nous avaient causé tant de difficultés, passaient ici comme sur des roulettes (c’est à peine si le fond de l’embarcation raclait).

Navigation sur le rio Tuichi, le 15  août 2008

On remarquera que l’eau a changé de couleur par rapport à l’aller : alors qu’elle était plutôt bleue, elle est maintenant brunâtre. Sans doute la conséquence d’orages qui se seraient produits sur les hauteurs (dont nous n’avons pourtant pas vu la couleur). Peut-être d’ailleurs que le niveau a également monté, ce qui expliquerait (aussi) notre progression plus facile.

Nous nous sommes arrêtés en chemin pour aller observer des perroquets nichés dans une falaise. L’endroit est bien aménagé, un sentier dans la forêt nous amène jusqu’à un petit observatoire en planches. Les perroquets sont bien là, très nombreux, et leur envol est très spectaculaire. Malheureusement, ils sont loin ! Voilà tout ce que j’ai pu faire avec un zoom de 250 mm.

Perroquets sur une falaise, le 15 août 2008

Une fois rejoint le confluent avec le rio Beni, la navigation a vraiment été très facile : l’autoroute ! Les bateliers devaient néanmoins faire attention à ces nombreux troncs échoués sortant partiellement de l’eau.

Arbre échoué sur les rives du rio Beni, le 15 août 2008

Nous étions très satisfaits en arrivant à Rurrenabaque, que cette longue navigation que nous appréhendions se soit finalement avérée beaucoup plus facile et beaucoup plus courte. Et pourtant, c’est en débarquant que les ennuis ont commencé. Il était en effet prévu de prendre l’avion dans l’après-midi pour rentrer à La Paz. Mais nous savions dores et déjà que nous n’allions pas voyager avec la même compagnie (Amaszonas) qu’à l’aller, mais avec la TAM, une « compagnie militaire ». Déjà pendant notre séjour, nous avions eu vent que cette compagnie n’était pas très fiable, et que souvent les vols étaient annulés. Mais nous n’avions pas trop voulu nous inquiéter.

Et en effet, très vite une fois débarqués, nous avons appris que le vol ne décollerait pas cet après-midi, soi-disant parce que la piste était en réfection. Dans un premier temps on nous a promis un décollage pour le lendemain matin à l’aube. Nous avions encore deux nuits à passer en Bolivie, le décollage pour rentrer en France étant prévu le surlendemain aux aurores. Donc, à ce moment, nous n’étions pas trop inquiets, même si la perspective de passer une après-midi dans ce trou perdu (et aussi de perdre une matinée à La Paz) ne nous enchantait guère. Mais bon, ce sont les aléas des voyages.

On nous a donc installés dans un hôtel modeste, nous avons fait une longue sieste puis nous sommes un peu baladés dans les rues du bourg (finalement plus animées que nous l’avions d’abord imaginé, le lieu étant en fait assez touristique).

C’est au moment du dîner (dans un endroit assez désagréable, une sorte de pub très bruyant avec billard et « musique » à fond) que les choses ont véritablement commencer à s’envenimer. Lorsque le guide, tout penaud, est venu nous annoncer qu’il n’y aurait pas d’avion pour rentrer. La seule solution était de retourner à La Paz par la route, soit seize heures de trajet par un itinéraire de montagne particulièrement escarpé (avec un col à 4600 m). En outre, il fallait pour ce faire pouvoir louer un véhicule avec chauffeur (ce qui semblait difficile), faute de quoi la seule solution aurait été de prendre le bus populaire, beaucoup plus lent rendant problématique notre arrivée à l’heure pour l’avion du retour.

C’est là que l’ambiance au sein de ce groupe que je n’avais du reste guère apprécié, est devenue particulièrement délétère. On a eu le droit à un déballage de tous les problèmes personnels qui allaient arriver à untel et untel s’ils n’étaient pas rentrés à temps à Paris. Certains qui trouvaient aussi le guide trop mou ont commencé à douter de ses capacités de trouver un véhicule et ont prétendu vouloir s’en mêler. Puis, quand les véhicules ont effectivement été réservés, s’en sont attribué la paternité.

Et les ennuis n’étaient pas terminés ! Nous nous sommes le lendemain matin levés à 3h30 pour un départ prévu à 4h. Nous étions, rappelons-le, deux groupes de Terdav pour cette fin de voyage, l’autre groupe qui avait fait le sud Lipez et le salar d’Uyuni, étant sensiblement plus nombreux. Eux pas plus que nous n’avaient pu rentrer en avion la veille, et eux aussi s’étaient levés ce matin là aux aurores. Quand nous sommes sortis de l’hôtel, le temps était radieux, la lune était pleine, mais pas un bruit… Et pas un véhicule. Finalement, au bout d’une heure, nous avons enfin vu arriver deux 4×4… pour notre groupe uniquement. Comme quoi notre guide n’était pas si nul que d’aucuns l’avaient pensé. L’autre groupe est resté sur le carreau, nous saurons par la suite qu’ils ont attendu jusqu’en milieu de matinée (!) et sont finalement rentrés en minibus (semble-t-il, quand même, un minibus privé) pour arriver à La Paz à minuit.

La première partie du trajet, jusqu’à Yacumo, s’est faite en plaine, dans la forêt, et de nuit. La piste est toute droite mais n’est pas asphaltée (nous ne trouverons le goudron que cinquante kilomètres avant La Paz). Nous avons ensuite attaqué les premiers contreforts des Andes, avec le franchissement successif de plusieurs cols, le premier (photo ci-dessous) à 800 m d’altitude environ, puis à des altitudes légèrement supérieures à 1000 mètres. Chaque col est suivi d’une descente d’environ 500 m.

Franchissement d’un col dans les contreforts des Andes, le 16 août 2008

À Sapecho nous avons franchi le rio Beni sur lequel nous avions navigué. C’est ensuite que l’on rentre vraiment au cœur des Andes. Et, jusqu’à Caravani (où nous avons déjeuné), on ne monte qu’extrêmement lentement.

Même si, comme nous le verrons plus loin, elle s’est récemment améliorée grâce à des travaux d’envergure, la route que nous avons ensuite empruntée est réputée la plus dangereuse de Bolivie. Elle a longtemps été surnommée la route de la Mort (Camino de la Muerte en espagnol). Cet axe extrêmement escarpé est aussi très fréquenté car c’est le principal moyen de communication entre La Paz et l’Amazonie. Comme je l’ai dit la route n’est pas asphaltée mais cela n’empêche pas le chauffeur de doubler les camions dès qu’il le peut. Ce qui d’ailleurs vaut mieux pour éviter de respirer en permanence un nuage de poussière. Nous découvrirons d’ailleurs rapidement une adaptation assez particulière du code de la route sur cet axe : les véhicules se croisent non pas à droite (comme dans le reste de la Bolivie) mais à gauche. De même, lorsque l’on dépasse, on le fait par la droite. Ce n’est pas un coup des Anglais mais un moyen qui a été trouvé pour réduire les accidents : lorsqu’un conducteur serre à gauche, sachant que le poste de conduite est également situé à gauche, il apprécie beaucoup mieux la position de ses roues et diminue d’autant le risque de basculer dans le ravin. C’est simple, mais il fallait y penser !

Malheureusement je n’ai pas pu faire de cette route de photo qui soit spectaculaire. Il est vrai qu’on n’avait pas vraiment le loisir de s’arrêter. Voici une idée, en tout cas de la poussière, mais l’endroit n’est pas le plus raide ni le plus représentatif.

Sur la route entre l’Amazonie et La Paz, le 16 août 2008

Le village de Coroico, où nous avons fait halte en milieu d’après-midi, n’est plus situé qu’à une cinquantaine de kilomètres de La Paz. Pourtant, il n’est qu’à 1100 m d’altitude ! C’est en fait à partir de là que commence véritablement la montée, et c’est aussi là que, il y a encore quelques années, la route devenait vraiment dangereuse. Mais tout a changé grâce à des travaux titanesques qui ont été entrepris et qui viennent d’être achevés. D’un seul coup, la piste laisse la place à une route asphaltée, très large, au standards européens (avec signalisation, bande d’arrêt d’urgence, etc.). Elle s’élève régulièrement en lacets, avec même des tunnels de plusieurs kilomètres de long pour franchir certains massifs. Cela fait un peu penser aux autoroutes italiennes au fin fond de la Sicile, celles dont on se demande comment elles ont bien pu être financées… Bref, toujours est-il que les quelque trois mille cinq cents mètres de montée qui nous attendaient sont devenus particulièrement aisés ! Nous ne nous en plaignons pas… même si l’on ne pourra pas se vanter d’être passés par la « vraie » route de la mort.

L’entrée dans La Paz est assez longue en raison… des embouteillages. Et puis il avait aussi des manifestations folkloriques liées à l’Assomption qui en Bolivie est fêtée le 16 août. Nous sommes finalement arrivés à l’hôtel vers 19 h, plutôt épuisés (le repas du soir a d’ailleurs été pour moi une épreuve, j’aurais mieux fait de m’en passer). Néanmoins, je ne suis finalement pas mécontent de la façon dont cette fin de voyage s’est déroulée. Car outre la découverte d’un itinéraire de montagne absolument unique au monde, ces péripéties m’auront permis d’échapper cette « journée libre », d’ordinaire obligatoire dans tout voyage organisé, et qui n’a d’autre but de faire tourner les boutiques à touristes et d’apaiser la soif chez certains de ramener souvenirs et autres cadeaux, qu’on veut croire d’autant plus traditionnels et authentiques qu’ils sont en fait fabriqués à Bali ou à Macao.